Le mercredi des Cendres marque le début du Carême, ces 40 jours de privation volontaire avant Pâques. Traditionnellement religieux, ce rituel attire aujourd’hui des personnes sans pratique spirituelle, simplement attirées par l’idée d’un cadre structuré pour changer leurs habitudes alimentaires. Mais utiliser le Carême comme régime fonctionne-t-il vraiment ? Et comment éviter les pièges classiques ?
Avant de commencer : Choisissez UNE privation alignée avec votre faiblesse (sucre, alcool, livraison). Créez votre liste de 10 récompenses non alimentaires.
Pendant les 40 jours : Tenez le journal des écarts (pas de tout ce que vous mangez). Testez 40 nouvelles recettes. Pesez-vous une fois par semaine maximum.
À Pâques : Faites le bilan complet (physique, psychologique, décisions futures) AVANT de réintroduire quoi que ce soit.
Après Pâques : Réintégrez progressivement (une catégorie par semaine). Gardez 2-3 changements permanents issus de l’expérience.
Pourquoi le Carême marche mieux qu’un régime classique
Les régimes échouent souvent parce qu’ils reposent uniquement sur la volonté individuelle. Vous décidez un lundi matin « je mange sainement », sans ancrage social ni limite temporelle claire.
Le Carême offre trois avantages structurels :
Une date de fin précise. 40 jours, pas « jusqu’à ce que j’atteigne mon poids idéal ». Cette limite rend l’effort supportable. Vous savez qu’à Pâques, c’est terminé.
Un cadre culturel partagé. Des millions de personnes font le Carême simultanément. Cette synchronisation collective facilite l’engagement. Vos collègues, votre famille comprennent pourquoi vous refusez le dessert.
Un sens au-delà du poids. Même sans foi religieuse, le Carême véhicule une idée de purification et de discipline volontaire qui dépasse la simple perte de kilos. Cette dimension symbolique aide à tenir.
Les études sur la psychologie du changement montrent que les rituels collectifs avec début et fin définis génèrent plus d’adhésion que les résolutions individuelles floues. Le Carême coche toutes ces cases.
💡 Idée concrète : Choisir sa privation selon ses faiblesses
Le Carême traditionnel bannit la viande les vendredis et encourage le jeûne. Mais rien n’oblige à suivre ces règles à la lettre si vous n’êtes pas croyant.
Identifiez votre talon d’Achille alimentaire. Sucre ? Alcool ? Grignotage compulsif ? Fast-food ? Choisissez UNE catégorie à éliminer pendant 40 jours.
Exemples de privations efficaces :
- Zéro sucre ajouté (gâteaux, sodas, bonbons)
- Zéro alcool (vin, bière, cocktails)
- Zéro plats préparés industriels
- Zéro livraison (Uber Eats, Deliveroo)
- Zéro café sucré ou latte fantaisie
L’erreur : vouloir tout changer d’un coup. « Je supprime le sucre, l’alcool, la viande ET je fais du sport tous les jours. » Cette surcharge garantit l’échec. Une seule privation bien tenue vaut mieux que cinq abandonnées au bout d’une semaine.
Vous voulez en savoir plus sur le carême? Découvrez comment vous orienter durant cette période de 40 jours.
Les pièges à éviter
Confondre jeûne et famine. Le jeûne intermittent (16h sans manger) peut fonctionner, mais sauter tous les repas pendant 40 jours détruit votre métabolisme et votre relation à la nourriture.
Compenser ailleurs. Vous arrêtez le sucre mais doublez les portions de pâtes. Résultat : zéro perte de poids, frustration maximale. La privation doit s’accompagner d’une conscience globale de ce que vous mangez.
Oublier les micronutriments. Supprimer une catégorie d’aliments sans réfléchir peut créer des carences. Si vous éliminez toute viande, assurez-vous d’avoir assez de protéines via légumineuses, œufs, poisson.
Se peser tous les jours. La balance devient une obsession. Vous perdez 200g, euphorie. Vous stagnez, déprime. Le poids fluctue naturellement selon l’hydratation, le cycle hormonal, le transit. Pesez-vous une fois par semaine maximum, toujours le même jour, même heure.
Culpabiliser après un écart. Vous craquez un soir, mangez trois cookies. Au lieu de reprendre le lendemain, vous vous dites « c’est foutu » et abandonnez tout. L’écart fait partie du processus. Il ne ruine rien si vous reprenez immédiatement.
💡 Idée concrète : Le journal alimentaire minimaliste
Tenir un journal détaillé de tout ce qu’on mange rebute la plupart des gens. Trop contraignant, trop chronophage.
Version simplifiée : notez uniquement vos écarts à la règle que vous vous êtes fixée. Un tableau avec trois colonnes :
- Date
- Écart commis
- Contexte (stress, social, ennui)
Exemple :
- 5 mars : Mangé un brownie / Après-midi difficile au travail
- 12 mars : Deux verres de vin / Dîner entre amis
- 18 mars : Pizza livraison / Trop fatigué pour cuisiner
En fin de Carême, vous identifiez les patterns. Vous craquez systématiquement le vendredi soir ? Planifiez une activité alternative ces soirs-là. Vous cédez quand vous êtes fatigué ? Préparez des plats à l’avance le week-end.
Ce journal ne sert pas à vous flageller, mais à comprendre vos mécanismes pour les déjouer l’année suivante.
Le jeûne intermittent version Carême
Le jeûne intermittent (16h sans manger, fenêtre de 8h pour s’alimenter) s’intègre bien dans une démarche de Carême. Contrairement aux régimes restrictifs qui dictent QUOI manger, le jeûne intermittent dicte QUAND manger.
Comment l’appliquer concrètement : Dernier repas à 20h. Vous sautez le petit-déjeuner. Premier repas à 12h le lendemain. Vous mangez normalement entre 12h et 20h.
Les 16h de jeûne incluent 8h de sommeil, donc seulement 8h d’éveil sans manger. Beaucoup trouvent ça plus facile que de compter les calories.
Attention aux signaux de votre corps. Si vous vous sentez faible, irritable, incapable de vous concentrer, ce n’est pas pour vous. Certaines personnes (femmes enceintes, diabétiques, historique de troubles alimentaires) ne devraient jamais jeûner sans avis médical.
💡 Idée concrète : Le challenge des 40 recettes
Pendant le Carême, cuisinez 40 plats différents que vous n’avez jamais faits. Un par jour. Simples ou complexes, peu importe.
Pourquoi ça marche ? Cuisiner soi-même réduit automatiquement les calories, le sel, le sucre, les additifs. Vous contrôlez les portions. Et tester de nouvelles recettes transforme la contrainte en exploration ludique.
Documentez chaque plat en photo. Notez ceux que vous referez. À Pâques, vous avez élargi drastiquement votre répertoire culinaire. Les « je ne sais pas quoi cuisiner » qui vous poussaient vers la livraison disparaissent.
Ressources gratuites : blogs de recettes, YouTube, bibliothèque municipale (les livres de cuisine sont gratuits à emprunter). Pas besoin d’acheter quoi que ce soit.
Dimension spirituelle sans religion
Même sans croyance, le Carême peut avoir une dimension contemplative. Chaque fois que vous refusez un aliment tentant, prenez trois secondes pour noter mentalement : « Je choisis activement de ne pas céder. »
Cette micro-pause crée une conscience qui manque au grignotage automatique. Vous mangez d’habitude devant un écran, distrait, sans vraiment goûter. Le Carême vous force à remarquer ce que vous mettez dans votre bouche.
Certains utilisent le moment du refus pour une mini-méditation : respiration profonde, observation de l’envie sans y céder. Pas besoin de prier. Juste observer que l’envie monte, culmine, puis redescend naturellement si on ne l’alimente pas.
Cette pratique de l’observation non réactive s’applique au-delà de la nourriture : envies compulsives d’achats, automatismes numériques (scroller sans fin), réactions émotionnelles excessives.
💡 Idée concrète : Le système de récompenses non alimentaires
Le danger du régime : se récompenser d’avoir tenu par… de la nourriture. « J’ai été sage toute la semaine, je mérite ce gâteau. » Vous réinstalez la nourriture comme récompense émotionnelle.
Créez une liste de 10 récompenses non alimentaires :
- Un bain long avec musique
- Une heure de lecture sans culpabilité
- Un film que vous voulez voir depuis des mois
- Une marche dans un endroit que vous aimez
- Appeler un ami que vous négligez
- 30 minutes de hobby (dessin, musique, jardinage)
Chaque semaine tenue = une récompense de la liste. Vous reconditionnez votre cerveau : le plaisir ne vient pas QUE de la bouffe.
Après Pâques : le vrai test
Le Carême se termine. Pâques arrive avec ses chocolats, ses repas familiaux copieux. Deux scénarios classiques :
L’explosion compensatoire. Vous vous jetez sur tout ce qui était interdit. Une semaine de débauche annule 40 jours d’efforts. Le poids revient, plus vite qu’il n’est parti.
La réintroduction progressive. Vous réintégrez UNE catégorie d’aliments par semaine. Vous observez comment votre corps réagit. Vous gardez certaines habitudes acquises (cuisiner plus, moins de livraison) même si vous remangez occasionnellement du sucre.
Le Carême ne devrait pas être vécu comme une punition temporaire avant de « redevenir normal ». C’est un laboratoire pour tester ce qui vous fait du bien. Certaines privations vous manquent à peine (tant mieux, gardez-les). D’autres vous pèsent (OK, réintégrez modérément).
L’objectif n’est pas de vivre éternellement comme en Carême. C’est de repartir avec 2-3 changements permanents qui améliorent durablement votre rapport à la nourriture.
💡 Idée concrète : Le bilan des 40 jours
Le dimanche de Pâques, avant de manger quoi que ce soit, prenez 20 minutes pour écrire :
Partie 1 – Constats physiques :
- Poids perdu (ou pas, c’est OK aussi)
- Niveau d’énergie général
- Qualité du sommeil
- Digestion
- Peau, cheveux (parfois le sucre et l’alcool ont des effets visibles)
Partie 2 – Constats psychologiques :
- Moments les plus difficiles
- Stratégies qui ont fonctionné
- Ce qui vous manque vraiment vs ce qui ne vous manque pas
- Fierté d’avoir tenu (ou pas, et pourquoi)
Partie 3 – Décisions pour l’avenir :
- Quelles habitudes du Carême vous gardez définitivement ?
- Qu’est-ce que vous réintégrez sans culpabilité ?
- Un objectif alimentaire pour les 6 prochains mois
Ce bilan transforme l’expérience en apprentissage plutôt qu’en parenthèse oubliée.
Les limites : quand le Carême devient toxique
Utiliser le Carême comme régime comporte des risques, surtout si vous avez des antécédents de troubles alimentaires (anorexie, boulimie, orthorexie).
Signaux d’alarme :
- Vous étendez les restrictions au-delà des 40 jours sans raison
- Vous culpabilisez violemment au moindre écart
- Vous vous pesez plusieurs fois par jour
- Vous évitez les situations sociales pour ne pas être tenté
- Vous pensez constamment à la nourriture
- Vous vous sentez supérieur à ceux qui « ne tiennent pas »
Si vous reconnaissez ces signes, arrêtez immédiatement. Le Carême n’est pas fait pour nourrir une obsession alimentaire. Consultez un professionnel si ces comportements persistent.
La restriction alimentaire peut déclencher ou réactiver des troubles chez les personnes vulnérables. Ce n’est pas anodin. Soyez honnête avec vous-même sur vos motivations et vos réactions.
Carême laïque : détox numérique et autres privations
L’idée du Carême (privation temporaire pour se réapproprier quelque chose) s’applique au-delà de la nourriture.
Carême numérique : 40 jours sans réseaux sociaux, ou avec limite de 30 minutes par jour. Observez comment change votre humeur, votre productivité, votre sommeil.
Carême consumériste : Zéro achat non essentiel pendant 40 jours. Vous découvrez ce dont vous avez vraiment besoin vs ce que vous achetez par impulsion.
Carême relationnel : Contacter une personne différente chaque jour pendant 40 jours. Amis négligés, famille éloignée. Reconstruire son réseau social.
Ces variations gardent la structure (durée définie, privation choisie, dimension symbolique) en l’appliquant à d’autres dépendances modernes.

Le Dieu Spaghetti est mort : Comment une blague de geek est devenue le cauchemar des tribunaux
Sources
Roy Baumeister, Willpower: Rediscovering the Greatest Human Strength, Penguin, 2011
Brian Wansink, Mindless Eating: Why We Eat More Than We Think, Bantam, 2006
Jason Fung, The Complete Guide to Fasting, Victory Belt Publishing, 2016




