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Le thème astral de Jésus : Lion, Poissons ou Vierge ?

Par Philippe Loneux |
Scène photo-réaliste de Marie tenant le bébé Jésus dans une étable de la Nativité, la nuit. Le ciel nocturne étoilé montre distinctement les constellations du Lion, des Poissons et de la Vierge reliées par des lignes, avec la Voie Lactée. Une mangeoire et un âne sont en arrière-plan.

Personne ne connaît la date de naissance de Jésus. Le 25 décembre n'a rien d'historique : cette date a été fixée au IVe siècle pour coïncider avec les fêtes païennes du solstice d'hiver, en particulier le Sol Invictus romain. Le moine Denys le Petit, qui a posé les bases de notre calendrier au VIe siècle, s'est trompé de plusieurs années dans ses calculs. Même l'année est incertaine : les historiens situent la naissance de Jésus entre 7 et 4 avant notre ère, avant la mort du roi Hérode.

Cette incertitude devrait clore le sujet. Elle ne l'a jamais fait. Depuis des siècles, des astronomes, des astrologues et des chercheurs tentent de reconstituer la carte du ciel du moment où un enfant est né à Bethléem. Et ce qu'ils trouvent dans le ciel de ces années-là est troublant, qu'on croie à l'astrologie ou non.

Pourquoi on ne peut pas dresser un thème natal classique

Un thème astral exige trois informations : la date, l'heure et le lieu de naissance. Pour Jésus, le lieu est à peu près connu (Bethléem, en Judée), mais la date et l'heure restent des hypothèses. Chaque combinaison produit un thème radicalement différent : un Jésus né en mars donne un Poissons, un Jésus né en août donne un Lion, un Jésus né en septembre donne une Vierge. L'ascendant, lui, change toutes les deux heures.

Toute tentative de thème astral de Jésus repose donc sur un choix préalable de date, et ce choix dépend des convictions de l'astrologue autant que des données historiques. Gardez cela en tête pour la suite.

L'hypothèse Poissons : la plus répandue, la plus symbolique

Le site Astrotheme, référence francophone en astrologie, retient la date du 28 février de l'an 6 avant notre ère, ce qui placerait le Soleil en Poissons. C'est l'hypothèse la plus populaire chez les astrologues, et elle a une raison symbolique forte.

Le signe des Poissons est associé dans la tradition astrologique à la compassion, au sacrifice, à la spiritualité, à la dissolution de l'ego dans quelque chose de plus grand que soi. Neptune, planète maîtresse des Poissons, est liée au mysticisme, à l'inspiration, au don de soi. Le profil colle si bien au personnage des Évangiles que beaucoup d'astrologues l'ont adopté par affinité autant que par calcul.

Le poisson lui-même est un symbole chrétien majeur, utilisé comme signe de ralliement par les premiers chrétiens persécutés. En grec, le mot ICHTUS (poisson) est un acrostiche de "Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur". Les astrologues qui défendent l'hypothèse Poissons y voient une coïncidence trop parfaite pour être ignorée.

Mais il y a un problème. Les Poissons n'étaient pas associés au peuple juif dans l'astrologie antique de la même manière qu'ils le sont dans l'astrologie moderne. Et la date du 28 février repose sur des calculs incertains, sans ancrage dans les sources historiques.

L'hypothèse Lion : le roi né sous le signe du roi

D'autres astrologues, s'appuyant sur le Livre d'Urantia (un texte ésotérique américain publié en 1955), retiennent la date du 21 août de l'an 7 avant notre ère. Soleil en Lion, ascendant Scorpion selon certaines reconstitutions.

Le Lion est le signe de la royauté, du charisme, du rayonnement personnel. C'est aussi un signe de feu, associé à l'énergie, à la volonté, à la capacité de rassembler. Un Jésus Lion serait cohérent avec l'homme qui entre triomphalement à Jérusalem, qui chasse les marchands du Temple, qui parle avec autorité devant les foules.

L'ascendant Scorpion ajouterait une dimension de profondeur psychologique, de rapport intense à la mort et à la transformation, de capacité à traverser les ténèbres pour en ressortir changé. La mort et la résurrection sont au cœur du signe du Scorpion.

Cette hypothèse a le mérite de s'appuyer sur une date qui coïncide avec un événement astronomique vérifiable : la triple conjonction Jupiter-Saturne dans la constellation des Poissons, en mai, septembre et décembre de l'an 7 avant notre ère. C'est cette conjonction que beaucoup d'astronomes, depuis Kepler, identifient comme la fameuse "étoile de Bethléem".

L'hypothèse Vierge : née d'une vierge, né sous la Vierge

Certains chercheurs, dont l'astrologue Patrice Guinard, avancent une date autour du 15 septembre de l'an 7 avant notre ère, qui placerait le Soleil en Vierge, en opposition exacte avec la conjonction Jupiter-Saturne en Poissons.

L'argument est à la fois astronomique et symbolique. La conjonction Jupiter-Saturne en Poissons, visible à l'est au lever du soleil, se produisait au moment où le Soleil se couchait en Vierge, à l'ouest. Pour des astrologues-astronomes de l'Antiquité (les fameux "mages"), cette configuration opposait la planète royale (Jupiter) et la planète d'Israël (Saturne) au signe de la Vierge, dans un axe qui pouvait se lire comme l'annonce de la naissance d'un roi d'Israël issu d'une vierge.

Le lien avec le récit de Matthieu est tentant : "né d'une vierge" pourrait être, dans une lecture astrologique, une transposition du signe zodiacal dans lequel le Soleil se trouvait au moment de la naissance. L'idée est spéculative, mais elle a le mérite de s'ancrer dans les pratiques astrologiques de l'époque, et non dans celles du XXIe siècle.

L'étoile de Bethléem : un horoscope royal, pas une comète

L'étoile de Bethléem est peut-être le maillon le plus solide entre l'astronomie et le récit évangélique. Matthieu (2, 2) écrit que des mages venus d'Orient ont vu "son astre à son lever" et ont voyagé jusqu'à Jérusalem.

Les mages n'étaient pas des rois. Le texte grec parle de magoi, un mot qui désigne des prêtres-astrologues d'origine perse ou babylonienne, formés à l'observation du ciel et à l'interprétation des positions planétaires. Pour ces hommes, une configuration céleste inhabituelle n'était pas un spectacle : c'était un message.

L'astronome Johannes Kepler a été le premier, en 1614, à proposer une explication scientifique. Il a calculé qu'en l'an 7 avant notre ère, Jupiter et Saturne s'étaient rapprochés trois fois dans la constellation des Poissons : en mai, en octobre et en décembre. Une triple conjonction de ce type dans cette constellation ne se produit qu'une fois tous les 900 ans.

Jupiter était la planète de la royauté dans l'astrologie babylonienne. Saturne était associée au peuple d'Israël. Les Poissons, dans certaines traditions, étaient liés à la terre promise. La lecture astrologique de cette configuration par des professionnels de l'époque donnerait quelque chose comme : naissance d'un roi en Israël, annoncée par les astres.

D'autres hypothèses astronomiques existent. L'astronome Michael Molnar a proposé une double occultation de Jupiter par la Lune dans la constellation du Bélier, le 17 avril de l'an 6 avant notre ère. L'astrologue romain Firmicus Maternus, au IVe siècle, décrivait précisément cette configuration comme celle de "la naissance d'un gouverneur du monde de nature divine et immortelle".

Aucune de ces hypothèses ne fait l'unanimité. Mais toutes partagent un point : les événements célestes sont astronomiquement vérifiables. Les logiciels actuels (Stellarium, par exemple) permettent de reconstituer le ciel de Bethléem entre 7 et 4 avant notre ère avec une précision totale. Les conjonctions ont bien eu lieu. La question est de savoir si les mages les ont interprétées, et si Matthieu a construit son récit à partir de cette interprétation.

Neptune, Chiron et le signe des Poissons : la lecture moderne

Les astrologues contemporains ajoutent au tableau des planètes qui n'étaient pas connues des Anciens. Neptune, planète de la spiritualité, de la dissolution des frontières entre le visible et l'invisible, est le maître moderne des Poissons. Chiron, l'astéroïde du guérisseur blessé, est associé à la figure du soignant qui porte les blessures des autres.

Selon certaines reconstitutions, Neptune et Chiron occupaient des positions fortes dans le ciel au moment des dates les plus souvent proposées pour la naissance de Jésus. L'association entre le guérisseur blessé (Chiron) et l'homme qui guérit les malades tout en se dirigeant vers sa propre souffrance (Jésus) a frappé plus d'un astrologue.

La conjonction Soleil-Neptune, présente dans plusieurs hypothèses de thème natal, donnerait un profil d'individu perméable à l'invisible, capable d'une empathie hors norme, porté au sacrifice, mais aussi vulnérable à l'incompréhension de son entourage. L'aspect est celui du mystique, du médium au sens le plus large, de celui qui sert de canal entre deux mondes.

La Bible et l'astrologie : un rapport plus ambigu qu'on ne le croit

L'Église condamne l'astrologie. Le Catéchisme (paragraphe 2116) range la consultation des horoscopes et l'astrologie parmi les formes de divination à rejeter. La position est claire et constante.

Mais la Bible elle-même entretient un rapport plus nuancé avec les astres que ne le laisse penser cette condamnation. Les mages de Matthieu sont des astrologues, et le texte ne les critique pas. Il les montre guidés par leur art vers le lieu de la naissance du Christ. L'étoile (ou la conjonction) n'est pas décrite comme une illusion diabolique, mais comme un signe envoyé par Dieu.

Le psaume 19 ouvre sur une affirmation qui pourrait figurer dans un traité d'astrologie : "Les cieux racontent la gloire de Dieu." Le livre de la Genèse (1, 14) précise que les luminaires du ciel servent "de signes pour les fêtes, les jours et les années". Le mot hébreu ot (signe) est le même qui désigne un signe divin.

Les premiers Pères de l'Église, comme Origène ou Clément d'Alexandrie, n'étaient pas hostiles à l'idée que les astres puissent porter des signes. La condamnation de l'astrologie s'est renforcée progressivement, en réaction aux pratiques divinatoires populaires, mais le lien entre le ciel et le sacré est inscrit dans le texte biblique lui-même.

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Un thème sans certitude, mais pas sans sens

Dresser le thème astral de Jésus est un exercice incertain, parce que les données de naissance sont incertaines. Trois propositions circulent (Poissons, Lion, Vierge), chacune appuyée par des arguments de poids, aucune définitive.

Mais la question la plus intéressante n'est peut-être pas celle du signe solaire. C'est celle de l'étoile de Bethléem. Car si les mages étaient vraiment des astrologues professionnels, si la triple conjonction Jupiter-Saturne de l'an 7 avant notre ère est bien l'événement qui les a mis en route, alors le récit de la Nativité est, littéralement, le récit d'un horoscope royal qui s'est accompli.

Les astres n'ont pas créé le Christ. Mais ils ont peut-être annoncé sa venue à ceux qui savaient les lire. Et cette idée, que le ciel ait pu parler à des hommes assez attentifs pour l'écouter, traverse les siècles sans que personne ne parvienne à la réfuter complètement ni à la prouver.

Le ciel de Bethléem, cette nuit-là, disait quelque chose. La question reste : quoi, exactement ?

SOURCES :

Johannes Kepler, De Stella Nova (1606) et De Vero Anno (1614), premiers calculs de la conjonction Jupiter-Saturne de l'an 7 av. J.-C.

Michael Molnar, The Star of Bethlehem: The Legacy of the Magi, Rutgers University Press, 1999

David Hughes, The Star of Bethlehem Mystery, J.M. Dent & Sons, 1979

Patrice Guinard, "L'étoile de Bethléem : un scénario organisé par des astrologues", Cura.free.fr

Astrotheme.com, fiche de thème natal de Jésus-Christ (date retenue : 28 février -6)

Stellarium (logiciel libre de reconstitution du ciel), vérification des conjonctions planétaires

Évangile selon Matthieu, chapitre 2

Catéchisme de l'Église catholique, paragraphe 2116

Firmicus Maternus, Mathesis, IVe siècle (description de la configuration du 17 avril -6)

Livre d'Urantia, fascicule 122 (date retenue : 21 août -7)

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À propos de l'auteur Chroniqueur spécialisé en histoire des croyances et symbolisme, explore les frontières du visible. Il décrypte aussi bien les traditions religieuses que les phénomènes ésotériques et les grands mystères, en cherchant toujours le sens caché sous le prisme de l'analyse historique.

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