Rome, an 217 avant J.-C. Les rues empestent le vin chaud et la cire fondue. Un esclave, habitué à recevoir des coups, se tient soudain debout sur la table. Il porte une tunique colorée et hurle des ordres à son maître qui s’empresse de lui verser à boire. Ce n’est pas une révolte. C’est la loi de la fève.
Quand la fève décidait de la vie ou de la mort
Nous avons aseptisé la galette. Aujourd’hui, trouver la fève signifie gagner une couronne en carton et payer la prochaine brioche. Pour les Romains, c’était une question de pouvoir absolu.
Durant les Saturnales, ces fêtes de décembre célébrant le solstice d’hiver et le dieu Saturne, l’ordre social volait en éclats. Pour désigner le Saturnalicius Princeps (le Roi des Saturnales), on ne votait pas. On s’en remettait au hasard pur, incarné par une fève. Ce légume, embryonnaire et symbole de fertilité, contenait la promesse de la vie future.
Celui qui tombait dessus obtenait le droit divin de donner n’importe quel gage. Son pouvoir était total, mais éphémère. À la fin du festin, le roi redevenait esclave, ou pire, pouvait être mis à mort symboliquement (ou réellement selon les périodes les plus sombres) pour clore le cycle.
L’astuce des tricheurs (et comment la repérer ce dimanche)
Le titre de cet article vous promet une méthode pour trouver la fève. La voici. Elle repose sur un secret de fabrication que les artisans gardent jalousement.
Observez le dos de la galette. Certains boulangers, pour éviter que le couteau ne brise la fève en porcelaine lors de la découpe, placent un poinçon discret, un petit trou ou une marque imperceptible sur la croûte inférieure, juste sous la fève.
C’est une triche « bienveillante » qui permet au maître de maison de repérer la fève et de s’assurer que la bonne personne (souvent le petit dernier ou l’invité de marque) obtienne la couronne. Si vous voulez la fève à tout prix, retournez discrètement la galette avant la découpe.
La réponse de l’Église : l’innocent sous la table
Face à ces magouilles d’adultes qui voulaient s’accaparer le pouvoir (ou la chance), une contre-mesure historique a émergé. Elle porte un nom : Phébé.
C’est le surnom donné à l’enfant qui se glisse sous la table lors du partage. Pourquoi sous la table ? Pour l’aveugler. Pourquoi un enfant ? Pour son innocence. Appelé « Phébé » (en référence à Apollon/Phœbus) ou simplement l’innocent, l’enfant devient la main de Dieu.
En distribuant les parts à l’aveugle (« Celle-ci est pour qui ? »), il brise les calculs des adultes et rétablit la justice divine du hasard. C’est le seul moyen de garantir que la fève choisisse son roi, et non l’inverse.

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Le seul endroit de France où vous ne trouverez jamais la fève
Il existe un lieu où cette chance est interdite par la loi républicaine. À l’Élysée, le chef pâtissier livre chaque année une galette gigantesque. Elle est dorée, croustillante, parfaite. Mais elle a un défaut majeur : elle est vide.
Aucune fève ne se cache dans la galette présidentielle. L’héritage de la Révolution est strict : on ne couronne pas un Roi, même pour rire, dans la demeure du Président. Valéry Giscard d’Estaing a réinstauré cette tradition de la « Galette de l’Égalité« , rappelant que dans une République, le pouvoir ne se trouve pas dans un gâteau.
Ce dimanche, avant de croquer, jetez un œil sous la galette. Ou mieux : faites confiance à l’enfant sous la table. Le hasard fait souvent bien les choses.
Cette vidéo explique avec humour pourquoi on risque de se casser une dent chaque année et le lien surprenant entre l’esclavage romain et votre dessert de dimanche.




