Articles

Pâques 2026 et le Linceul de Turin : La datation par rayons X qui contredit 1988

Par Philippe Loneux |
Analyse technologique du Linceul de Turin par scanner rayons X WAXS révélant la structure des fibres de lin.

Des chercheurs italiens du CNR ont daté le tissu à l'époque du Christ grâce aux rayons X. La datation au Carbone 14 de 1988, qui le classait médiéval, est remise en cause. À dix jours de Pâques, le débat reprend.

1988 : affaire classée

Trois laboratoires — Oxford, Zurich, Tucson — analysent un fragment du Linceul de Turin au Carbone 14. Verdict : le tissu daterait d'entre 1260 et 1390 après J.-C. Un faux médiéval. Pendant trente-cinq ans, cette datation a tenu lieu de point final. Plus personne ne posait la question.

Sauf que le point final n'en était peut-être pas un.

Les rayons X rouvrent le dossier

Liberato De Caro travaille sur le Linceul depuis près de trente ans. Chercheur à l'Institut de Cristallographie du CNR italien à Bari, il a utilisé une technique appelée WAXS (Wide Angle X-Ray Scattering) : on mesure le vieillissement naturel de la cellulose des fibres de lin à l'échelle atomique, puis on convertit cette dégradation en âge.

Son étude, publiée le 11 avril 2022 dans la revue Heritage et confirmée par de nouvelles analyses en 2024, compare l'échantillon du Linceul à une série de tissus de lin authentifiés, datés de 3000 av. J.-C. à nos jours.

Le Linceul correspond le mieux à un tissu provenant du siège de Massada, en Israël, daté entre 55 et 74 après J.-C. L'époque du Christ.

Le problème du Carbone 14

Le Carbone 14 mesure la quantité de carbone radioactif dans un échantillon. Or la moitié du volume d'un fil de lin est constituée d'espace vide entre les fibres. Des espaces qui accumulent des contaminants au fil des siècles — poussière, fumée, manipulation, restaurations. Si le nettoyage n'est pas parfait, la datation est faussée. Et le Linceul de Turin a traversé au moins un incendie majeur en 1532 à Chambéry, sans compter les siècles de manipulation, d'exposition, de pliage et de dépliage.

La méthode WAXS contourne le problème. Elle travaille directement sur la structure cristalline de la cellulose, pas dans les espaces entre les fibres. Les contaminants ne l'affectent pas. Un échantillon de 0,5 mm sur 1 mm suffit, contre plusieurs centimètres carrés pour le Carbone 14. Et l'analyse est non destructive : on peut la répéter autant de fois que nécessaire sur le même fragment.

Les réserves

De Caro lui-même appelle à la prudence. La méthode WAXS est récente. Heritage, la revue qui a publié l'étude, n'est pas une revue de premier rang — l'article a d'ailleurs été accepté en trois semaines, un délai inhabituellement court pour une publication de cette portée. De Caro demande que d'autres laboratoires reproduisent l'analyse sur d'autres échantillons du Linceul.

Et puis il y a la question que soulève La Nef dans son analyse critique : s'assurer que l'échantillon provient bien, sans conteste possible, du Linceul de Turin. La chaîne de traçabilité des micro-fragments est un sujet en soi.

La science n'a pas « prouvé » que le Linceul est authentique. Elle a ouvert une brèche dans la certitude qu'il ne l'était pas.

Dix jours avant Pâques

Pâques tombe le 5 avril 2026. L'Église catholique, sous le pontificat du pape Léon XIV, n'a jamais pris position officielle sur l'authenticité du Linceul — elle le qualifie prudemment d'« icône de la Passion » et laisse la science trancher. Le tissu est conservé dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin, rarement exposé au public.

Le débat, lui, ne s'est jamais éteint. Une autre étude récente a identifié l'origine géographique du lin comme provenant de la région du Levant — Israël, Liban —, ce qui renforce le lien entre le tissu et la Terre sainte. Pris séparément, chacun de ces résultats reste contestable. Pris ensemble, ils dessinent un faisceau qui fait réfléchir.

Le mystère des géants : entre vestiges archéologiques et mémoires de la Genèse
Dans la même catégorie

Le mystère des géants : entre vestiges archéologiques et mémoires de la Genèse

Lire l'article

L'image impossible

Qu'on date le Linceul du Iᵉʳ siècle ou du XIIIᵉ, un mystère demeure : personne n'a jamais réussi à expliquer comment l'image s'est formée sur le tissu. Ce n'est pas de la peinture, pas de la teinture, pas un transfert par contact. Les fibres sont colorées sur une épaisseur d'environ 200 nanomètres — un cinq-centième de l'épaisseur d'un cheveu. Le mécanisme reste inconnu.

En 2011, des physiciens de l'ENEA, l'agence italienne pour les nouvelles technologies, ont tenté de reproduire cette coloration à l'aide de lasers à excimères ultraviolets. Résultat partiel : la coloration a été obtenue localement, mais la puissance de rayonnement nécessaire pour couvrir la surface entière du Linceul dépassait les capacités de toute technologie existante.

Un tissu que personne ne sait dater avec certitude, portant une image que personne ne sait reproduire. À dix jours de la fête qui célèbre la résurrection du Christ, la coïncidence mérite qu'on s'y arrête — quelle que soit la conclusion qu'on en tire.

Le Linceul de Turin ne prouve rien. Il pose une question. Et en 2026, cette question est plus ouverte qu'elle ne l'a été depuis 1988.

Sources : Liberato De Caro et al., « X-ray dating of a linen sample from the Shroud of Turin », Heritage, 11 avril 2022 ; Zenit, « Une nouvelle étude scientifique sur le Linceul », 3 septembre 2024 ; National Catholic Register, interview de Liberato De Caro ; Aleteia, « Une nouvelle technique de datation confirme que le Saint-Suaire a bien 2 000 ans » ; Info Chrétienne, « La nouvelle datation du Linceul de Turin par rayons X » ; La Nef, « Linceul de Turin : la datation WAXS aux rayons X », octobre 2022 ; ENEA, expériences de reproduction de l'image par laser ultraviolet, 2011.

Pâques : 10 histoires que vous ne raconterez pas à table (et c’est dommage)
Dernier article publié

Pâques : 10 histoires que vous ne raconterez pas à table (et c’est dommage)

Lire l'article
À propos de l'auteur Chroniqueur spécialisé en histoire des croyances et symbolisme, explore les frontières du visible. Il décrypte aussi bien les traditions religieuses que les phénomènes ésotériques et les grands mystères, en cherchant toujours le sens caché sous le prisme de l'analyse historique.

Rejoignez le cercle des curieux

Ne manquez aucune exploration. Recevez périodiquement nos analyses sur l'histoire, le sacré et les mystères qui nous entourent.