Une rustine sur une tuyauterie en pleine rupture
Le wokisme se présente souvent comme une solution d’urgence face aux fissures de notre contrat social. Pourtant, à y regarder de plus près, il ne s’agit que d’un pansement posé à la hâte sur une fuite massive dans la tuyauterie de la cité. Plutôt que de repenser l’infrastructure même de nos rapports humains, cette idéologie se contente de colmater les brèches par une couche de vernis moralisateur qui craquelle au premier choc.
Cette approche est une illusion de réparation. En se focalisant sur le symptôme – le langage, les représentations, la micro-offense – elle ignore la structure profonde du malaise. C’est l’équivalent d’un plombier qui utiliserait du ruban adhésif pour contenir une pression hydraulique insoutenable : cela tient un temps, par la force, mais cela ne règle jamais le problème de fond de la coexistence. En réalité, cette méthode ne fait qu’augmenter la tension interne, rendant l’explosion finale plus dévastatrice encore.
La mécanique de la répression et le mirage de la censure
Pour maintenir ce pansement en place, le système doit déployer une énergie coercitive considérable. Le wokisme ne convainc pas par l’adhésion du cœur ou par la clarté de l’argumentation ; il s’impose par la répression sociale, la culture de l’annulation et la délation érigée en vertu. On ne cherche plus à élever la conscience par l’éducation, mais à réduire au silence tout ce qui dépasse du cadre arbitraire défini par les nouveaux gardiens du temple.
Cette logique est mortifère pour le débat public. La peur de l’excommunication sociale remplace la recherche de la vérité. En interdisant les mots, on s’imagine supprimer les maux, alors qu’on ne fait que les refouler dans les zones d’ombre de la psyché collective. La censure n’est jamais un signe de force intellectuelle, c’est l’aveu d’impuissance d’une pensée qui craint la contradiction et préfère le confort sécurisant du monologue punitif.
L’uniformisation au lieu de la diversité réelle
Sous couvert de célébrer la différence, ce système finit paradoxalement par la nier. L’altérité est acceptée uniquement si elle se plie aux codes de la bien-pensance du moment. On crée des catégories rigides, des silos identitaires où chacun est assigné à résidence selon ses caractéristiques de naissance. C’est une diversité de façade qui masque une exigence d’alignement idéologique absolu, transformant la société en un archipel de groupes méfiants.
Vers une société de bienveillance et de dérision
Dans un monde idéal, la réponse aux injustices ne passerait pas par l’indexation chirurgicale des offenses, mais par une bienveillance radicale. Cette bienveillance ne serait pas une politesse forcée ou une étiquette de façade, mais une capacité réelle à embrasser l’autre dans l’intégralité de ses différences, sans avoir besoin d’un tribunal permanent pour réguler chaque geste et chaque regard.
Le véritable progrès social réside dans la capacité d’une société à pratiquer la dérision et l’autodérision. Le rire est le signe d’une santé mentale collective. Pouvoir rire de soi, de ses particularités et même des travers d’autrui, sans que cela ne soit perçu comme une agression mortelle, est le stade ultime de la maturité sociale. C’est la preuve que le lien humain est plus solide que les étiquettes. Quand la dérision disparaît au profit du premier degré offensé, c’est que le fanatisme a déjà gagné.
Sortir de la culture de la victimisation
Le sentiment de victimisation systématique est le moteur qui grippe notre capacité à vivre ensemble. En encourageant chaque individu à chercher la trace d’une offense dans chaque interaction, on fragmente le corps social en une multitude d’entités blessées, aux aguets et prêtes à l’affrontement juridique ou moral.
Le passage à une société apaisée nécessite de supprimer ce filtre déformant. En remplaçant la vigilance punitive par la confiance a priori, nous permettons à chacun d’être lui-même sans craindre de commettre un crime de pensée. L’autre n’est plus une menace potentielle pour notre intégrité, mais un partenaire de jeu social capable de plaisanter, de se tromper et de s’excuser sans que cela n’entraîne la fin du monde.

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Conclusion : restaurer la fluidité du lien social
L’abomination du wokisme réside dans sa volonté de figer la vie sociale sous un carcan de règles coercitives qui étouffent la spontanéité et la joie humaine. En voulant tout réparer par la contrainte et le chantage moral, il finit par tout briser. La solution ne viendra pas d’un énième tour de vis législatif, mais d’un retour à une fluidité fondée sur la tolérance réelle et le courage d’être imparfait.
Accepter l’imperfection, privilégier l’intention sur la forme et cultiver la légèreté face à nos propres travers : voilà le véritable chantier. Une société qui sait rire d’elle-même est une société qui n’a plus besoin de pansements idéologiques, car elle a enfin appris à respirer librement.




