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Ils ont consulté un médium après un deuil : ce que ça a changé

Par Philippe Loneux |
Une femme émue en consultation avec une médium dans un intérieur chaleureux, avec une bougie et une casquette de pêche posées sur la table.

Le rendez-vous est pris trois mois après l’enterrement. La voiture est garée devant une maison ordinaire, dans une rue ordinaire. L’estomac est noué. On se demande ce qu’on fait là. On se demande ce qu’on va dire aux autres si on nous pose la question. Et puis on sonne, parce que le manque est plus fort que la honte.

Consulter un médium après un deuil reste un tabou. On en parle peu, on le fait beaucoup. Les carnets de rendez-vous de certains praticiens affichent dix-huit mois d’attente. La demande ne faiblit pas. Elle augmente, portée par des livres, des documentaires, des podcasts et, plus que tout, par cette question qui ne lâche personne après la perte d’un être cher : est-ce que c’est fini, ou est-ce qu’il reste quelque chose ?

Voici les récits de ceux qui ont franchi le pas. Certains en sont revenus apaisés. D’autres, déçus. Tous en sont revenus différents.

Ce que propose un médium 

Un médium, dans la tradition spirite et dans l’usage contemporain, est une personne qui affirme percevoir des informations provenant de défunts : images, voix, sensations, émotions. Il sert d’intermédiaire. Il ne prédit pas l’avenir (ça, c’est le voyant). Il ne guérit pas (ça, c’est le magnétiseur). Il transmet.

Une séance dure en général entre 45 minutes et une heure. Le consultant ne donne aucune information préalable, ou le moins possible. Le médium décrit ce qu’il perçoit. Le consultant confirme ou infirme. C’est le fonctionnement de base, celui que défendent les praticiens sérieux. Les dérives existent : lecture à froid, questions orientées, affirmations suffisamment vagues pour coller à n’importe quelle situation. Le terrain est fertile pour les charlatans, et la douleur du deuil rend les gens vulnérables.

Ce cadre posé, voici les témoignages.

Les témoignages

Nathalie, 52 ans, a perdu son mari

Mon mari est mort d’un infarctus un mardi soir, en rentrant du travail. Aucun signe avant-coureur. Il avait 54 ans. Pendant six mois, je n’ai pas dormi. Pas une nuit complète. Je lui parlais dans le vide, et le vide ne répondait pas.

C’est une collègue qui m’a donné le numéro d’une médium. J’ai mis le papier dans un tiroir pendant deux mois avant d’appeler. Le jour du rendez-vous, j’avais tellement honte que j’ai dit à ma fille que j’allais chez le dentiste.

La médium m’a fait asseoir. Elle n’a rien demandé. Au bout de quelques minutes, elle m’a dit qu’un homme se présentait, qu’il avait des épaules larges, qu’il était mort vite, sans souffrir. Elle a parlé de son atelier (mon mari bricolait dans le garage tous les week-ends). Elle a mentionné un objet bleu qu’il portait souvent : sa casquette de pêche. Puis elle m’a dit : « Il dit que vous devez arrêter de lui parler à trois heures du matin. Il vous entend, mais il veut que vous dormiez. »

J’ai pleuré pendant vingt minutes. Je n’avais dit à personne que je lui parlais la nuit.

Est-ce que ça a changé quelque chose ? Oui. Je ne dis pas que mon mari était « là ». Je dis que ce jour-là, quelque chose s’est dénoué. J’ai recommencé à dormir. Pas tout de suite, mais les semaines suivantes, oui. Est-ce que c’était lui ou est-ce que c’était l’effet d’avoir enfin mis des mots sur mon chagrin devant quelqu’un qui ne me jugeait pas ? Honnêtement, je ne sais pas. Et je crois que la réponse m’importe moins que le résultat.

Stéphane, 48 ans, journaliste, a perdu son père

Mon approche était méthodique. À la mort de mon père, j’ai glissé quatre objets dans son cercueil sans en parler à personne : un pinceau, un tube de peinture acrylique, une boussole et un livre de poche. Puis je suis allé voir six médiums différents, un par un, sans rien leur dire. Je voulais savoir s’ils pouvaient identifier ces objets.

Cinq sur six ont donné des éléments concordants. Certains ont décrit les objets partiellement, d’autres avec une précision troublante. Tous ont ajouté des détails sur la vie de mon père que je n’avais pas mentionnés : sa passion pour la peinture, des éléments de sa vie privée, des anecdotes familiales. Sur une heure de consultation, la masse d’informations transmise, si on voulait l’expliquer par le hasard, représenterait une probabilité infime.

J’en suis sorti convaincu que la médiumnité est un phénomène réel. Ce qui ne veut pas dire que je comprends comment ça fonctionne. Je n’ai pas de théorie. J’ai des faits. Et ces faits m’ont suffi pour reconsidérer tout ce que je pensais savoir sur la mort.

Lucie, 34 ans, a perdu sa mère

J’y suis allée un an après le décès de ma mère. Je ne croyais pas à la vie après la mort. Pour moi, quand c’est fini, c’est fini. Mais le deuil ne passait pas. J’avais essayé la psychologue, l’acupuncture, la méditation. Rien n’arrivait à combler ce vide. Un sms m’a informée d’une séance de médiumnité publique près de chez moi. J’y suis allée par curiosité, et un peu par désespoir.

Le médium travaillait devant une salle d’une trentaine de personnes. À un moment, il s’est tourné vers moi. Il a décrit ma mère physiquement, avec précision. Il a dit qu’elle montrait une image de fleurs jaunes, et que c’était lié à un souvenir entre elle et moi. Les fleurs jaunes, c’était les tournesols qu’on allait cueillir ensemble chaque été dans un champ près de la maison de campagne. Personne dans cette salle ne pouvait le savoir.

Est-ce que ça a résolu mon deuil ? Non. Le deuil ne se « résout » pas avec une séance. Mais quelque chose a bougé. J’ai arrêté de me battre contre l’idée qu’elle n’est peut-être pas complètement partie. Et ce « peut-être » m’a fait plus de bien que n’importe quelle certitude.

Karim, 41 ans, a perdu son frère

Je vais être direct : ça n’a rien donné. Mon frère s’est tué dans un accident de moto. J’ai attendu huit mois, j’ai trouvé une médium qui avait de bons avis sur internet, j’ai pris rendez-vous.

Pendant la séance, elle m’a dit des choses tellement vagues que ça pouvait s’appliquer à n’importe qui. « Un homme jeune », « parti trop vite », « il aimait la vitesse ». Mon frère faisait de la moto, c’est facile à deviner quand quelqu’un de jeune meurt dans un accident. Elle m’a parlé d’un objet qu’il aurait voulu me transmettre. Aucun objet ne correspondait. Elle m’a dit qu’il était « en paix ». Ça m’a agacé, parce que c’est ce que tout le monde dit.

Je suis sorti avec le sentiment d’avoir payé 80 euros pour entendre ce que je voulais entendre, et même pas de manière convaincante. Je ne dis pas que tous les médiums sont des charlatans. Je dis que celui-là, avec moi, ce jour-là, n’a rien produit de vérifiable. Et qu’il faut le dire aussi, pour que les gens qui consultent sachent que ça ne marche pas à tous les coups.

Claire, 60 ans, a perdu son fils

Mon fils avait 30 ans. Arrêt cardiaque. Aucune explication médicale claire. Les premiers mois, je ne fonctionnais plus. Je mangeais à peine. Je ne répondais plus au téléphone.

C’est une amie qui m’a emmenée voir un médium, presque de force. Je n’attendais rien. La séance a duré une heure. Le médium a commencé par me décrire une scène que personne ne connaissait : le soir de la mort de mon fils, j’avais trouvé son téléphone allumé, avec un message vocal qu’il m’avait laissé le matin même et que je n’avais pas encore écouté. Le médium m’a dit : « Il dit que vous avez gardé ce message et que vous l’écoutez tous les soirs. » C’était vrai. Je ne l’avais dit à personne.

Depuis cette séance, je n’ai pas cessé de souffrir. Perdre un enfant, ça ne se répare pas. Mais j’ai recommencé à décrocher le téléphone. J’ai recommencé à manger avec ma famille. Quelque chose s’est fissuré dans le mur que j’avais construit autour de moi. Je ne sais pas si c’est mon fils qui a parlé à travers ce médium. Ce que je sais, c’est que j’ai entendu ce dont j’avais besoin au moment où j’en avais besoin.

David, 37 ans, athée convaincu

Je me suis fait traîner par ma compagne. Elle avait perdu sa grand-mère et voulait consulter. Moi, je n’y croyais pas une seconde. J’y suis allé pour la soutenir, en me promettant de ne rien dire et de ne rien valider.

Le médium a travaillé avec ma compagne pendant quarante minutes. Puis il s’est tourné vers moi et m’a dit : « Votre grand-père paternel est là aussi. Il montre un couteau avec un manche en bois. Il dit que vous l’avez. » Mon grand-père m’avait laissé son Opinel. Il est dans le tiroir de ma table de nuit depuis quinze ans.

Je n’ai pas de théorie. Je n’ai pas changé de vision du monde. Mais ce jour-là, dans cette pièce, quelqu’un m’a dit quelque chose qu’il ne pouvait pas savoir. Et ça, je ne peux pas l’effacer.

Ce que la science en dit

La recherche sur la médiumnité est mince mais elle existe. Des protocoles en aveugle ont été menés, notamment aux États-Unis, pour tester la capacité de médiums à fournir des informations vérifiables sur des défunts qu’ils ne connaissaient pas. Les résultats sont contrastés : certains médiums obtiennent des scores supérieurs au hasard dans des conditions contrôlées, d’autres non. Aucune étude n’a apporté de preuve concluante d’une communication avec les morts au sens strict. Aucune ne l’a définitivement exclue non plus.

La psychologie, de son côté, reconnaît l’effet thérapeutique que peut avoir une consultation médiumnique dans un contexte de deuil. Le simple fait de verbaliser son chagrin devant quelqu’un qui ne juge pas, dans un cadre ritualisé, peut amorcer un processus de libération émotionnelle. L’effet est documenté, indépendamment de la question de savoir si le médium « parle vraiment » aux morts.

Le psychiatre Christophe Fauré, spécialiste du deuil en France, plaide depuis des années pour que le monde médical cesse de mépriser ces démarches et écoute ce que les patients en retirent, sans projeter ses propres croyances.

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Le mot juste

Ce que ces témoignages montrent, au-delà de la question « est-ce que les morts parlent ? », c’est que le deuil est un territoire où la rationalité seule ne suffit pas. Les personnes qui consultent un médium ne sont pas naïves. Elles sont en douleur. Et dans la douleur, ce qui compte n’est pas toujours ce qui est prouvable, mais ce qui permet de continuer à vivre.

Certains reviendront convaincus. D’autres, sceptiques. D’autres encore resteront dans cet entre-deux qui, curieusement, semble être l’endroit le plus honnête.

La seule chose qui serait malhonnête, ce serait de prétendre avoir la réponse.

Sources : Stéphane Allix, Le Test, 2013 ; Christophe Fauré, Vivre le deuil au jour le jour, Albin Michel ; Témoignages recueillis sur Europe 1, L’Illustré, happyend.life, les-lettres-de-mai.com ; Beischel & Schwartz, « Anomalous Information Reception by Research Mediums », Explore, 2007.

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À propos de l’auteur Chroniqueur spécialisé en histoire des croyances et symbolisme, explore les frontières du visible. Il décrypte aussi bien les traditions religieuses que les phénomènes ésotériques et les grands mystères, en cherchant toujours le sens caché sous le prisme de l’analyse historique.

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