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L’inculturation, un concept né en Belgique au cœur du pontificat de Léon XIV

Par Philippe Loneux |
Fresque panoramique montrant le jésuite Pierre Charles, le pape Léon XIV devant le Vatican et la Vierge de Guadalupe, reliés par un fil de lumière dorée.

Inculturation : un mot inventé en Belgique

Pierre Charles, le pionnier oublié

Tout commence en 1953. Le jésuite belge Pierre Charles publie dans la Nouvelle Revue Théologique un article où il emploie pour la première fois le terme « inculturation », en empruntant à l’anthropologie le concept d’enculturation pour le transposer en théologie. Il s’agit de désigner la façon dont le message chrétien s’enracine dans une culture donnée. En 1962, son compatriote Joseph Masson pousse la réflexion plus loin, parlant d’un catholicisme « inculturé de façon polymorphe ».

De la Compagnie de Jésus au Vatican

Le terme fait ensuite son chemin jusqu’aux plus hautes instances de l’Église. La 33e Congrégation générale des Jésuites le formalise entre 1974 et 1975, le père Pedro Arrupe le porte devant le Synode des évêques en 1977, et Jean-Paul II lui donne une consécration officielle dans Catechesi Tradendæ (1979), puis dans Redemptoris missio (1990), où il pose deux balises claires : le respect de l’Évangile et la communion avec l’Église universelle.

Léon XIV et l’inculturation : un chantier prioritaire

Le 24 février 2026, le pape Léon XIV l’a dit sans détour : l’inculturation est une exigence fondamentale de la mission de l’Église. Pour évangéliser vraiment, il faut entrer dans l’histoire des peuples, comprendre leur façon de vivre et de penser, pour que le Christ puisse y être reconnu. Ce propos s’inscrit dans une longue tradition intellectuelle qui a, fait peu connu, des racines très belges.

Guadalupe, 1531 : une leçon toujours vivante

Pour illustrer ce que signifie concrètement l’inculturation, Léon XIV revient régulièrement à Guadalupe. En 1531, sur la colline du Tepeyac, au Mexique, une Vierge aux traits métissés apparaît à Juan Diego, en nahuatl, avec les vêtements et les symboles des peuples indigènes. Le pape y voit le modèle même de la pédagogie divine, résumé dans cette formule qu’il a prononcée lors de son allocution : « La grâce n’abolit pas les cultures, elle les habite. »

Keur Moussa, un exemple concret

On retrouve cette logique à l’abbaye de Keur Moussa, au Sénégal, où la kora, instrument traditionnel ouest-africain, accompagne la liturgie depuis des décennies, comme un langage dans lequel la prière peut pleinement s’incarner.

Un discernement nécessaire

L’inculturation exige un regard attentif sur ce que chaque culture porte en elle. L’Évangile cherche à transformer de l’intérieur ce qu’il rencontre, en s’appuyant sur ce que la tradition catholique appelle les semina Verbi, les « semences du Verbe », ces valeurs authentiques présentes dans toutes les cultures, que le christianisme vient purifier et élever. L’Église traverse toutes les cultures précisément parce qu’elle n’appartient exclusivement à aucune d’entre elles.

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Questions fréquentes

Qui a inventé le mot « inculturation » ?

Le jésuite belge Pierre Charles, en 1953, dans la Nouvelle Revue Théologique.

Quelle différence avec « adaptation » ?

L’adaptation touche la surface, un rite traduit, un vêtement liturgique local. L’inculturation cherche quelque chose de plus profond, à savoir que la foi s’enracine véritablement dans une culture et la transforme de l’intérieur.

Pourquoi Léon XIV parle-t-il autant de Guadalupe ?

Parce qu’il y voit un modèle concret de transmission de la foi. Une visite au Mexique serait envisagée pour 2031, à l’occasion du 500e anniversaire des apparitions, sur invitation de la présidente Claudia Sheinbaum.

Où s’arrête la démarche ?

Là où elle contredit l’Évangile ou rompt la communion avec l’Église universelle. L’inculturation ne saurait légitimer n’importe quelle pratique culturelle.

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À propos de l’auteur Chroniqueur spécialisé en histoire des croyances et symbolisme, explore les frontières du visible. Il décrypte aussi bien les traditions religieuses que les phénomènes ésotériques et les grands mystères, en cherchant toujours le sens caché sous le prisme de l’analyse historique.

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