C’est l’image finale d’une vie de rupture. Mercredi dernier, à Saint-Tropez, le corps de celle qui fut la femme la plus désirée du monde n’a pas été scellé dans le chêne verni des grands bourgeois. Il a été déposé dans du rotin. Une matière végétale, tressée, vivante. Ce cercueil n’était pas un choix esthétique. C’était l’ultime manifeste d’une femme qui avait fini par trouver l’humanité trop laide pour y chercher le sacré.
Brigitte Bardot est morte le 28 décembre, à 91 ans. Mais sa véritable conversion remonte à 1973. Ce jour-là, elle a quitté les plateaux de cinéma en pleine gloire. Elle a compris une vérité qui ne l’a plus quittée : les projecteurs aveuglent, seul le regard d’un animal « sauve ».
BIO-EXPRESS : LE MYTHE EN 4 DATES
- 1934 : Naissance à Paris. Rien ne la prédestine à devenir l’insoumise que l’on connaît.
- 1956 : Le phénomène Et Dieu… créa la femme. Elle devient l’icône mondiale de la liberté sexuelle.
- 1973 : Le choc. À 38 ans, elle tourne définitivement le dos au cinéma. Elle ne reviendra jamais sur sa parole.
- 1986 : Elle crée la Fondation Brigitte-Bardot. C’est ici que sa spiritualité prend corps : elle consacre sa vie et sa fortune à la "protection des animaux", sa seule véritable église.
Le schisme : L’innocence contre la trahison
Pourquoi les bêtes ? Parce qu’elles ne trahissent pas. La cérémonie à l’église Notre-Dame de l’Assomption a mis en lumière cette fracture violente qu’elle entretenait avec son espèce. D’un côté, les hommes, avec qui les relations furent « tumultueuses », à l’image de ce lien complexe avec son propre fils, Nicolas-Jacques Charrier, présent mais distant géographiquement et affectivement durant sa vie. De l’autre, l’amour absolu, « par-dessus tout », pour ses animaux.
Sa spiritualité était binaire. Le mal résidait dans la complication humaine, le bien dans l’instinct animal. Elle ne voulait pas de « chichi » à son enterrement, car le chichi est une invention humaine. Elle voulait du « simple », du « champêtre », se rapprochant ainsi de la pureté de la nature qu’elle vénérait. Dieu, pour Bardot, ne vivait pas dans les cathédrales de pierre, mais dans le silence d’un chien qui pose sa tête sur vos genoux.
Les apôtres de la « vraie » foi
Regardez qui était assis aux premiers rangs. Ce n’était pas le tout-Paris mondain. C’était sa « famille d’âme ». Paul Watson, le « pirate » des océans, le défenseur radical des baleines, était là. Sa présence valide le dogme de Bardot : la sainteté s’acquiert en protégeant les sans-voix.
Même la musique choisie racontait cette quête d’élévation tragique : le Casta Diva de la Callas. Une prière à la lune, une supplique païenne. Bardot a rassemblé autour d’elle ceux qui comprenaient sa langue, de Marine Le Pen aux guitaristes gitans, non par politique, mais par fidélité à une vision « viscérale » de l’existence. Elle cherchait l’authenticité brute. Elle tolérait les humains à une seule condition : qu’ils servent la cause.
La mort comme une fusion finale
La fin de Brigitte Bardot est la clé de voûte de sa croyance. Elle n’est pas morte seule face à l’inconnu. Elle est morte « entourée de ses animaux ». C’était son viatique. Selon son mari Bernard d’Ormale, au moment de passer de l’autre côté, son visage tourmenté par la douleur du cancer s’est apaisé pour retrouver une « beauté » de jeunesse.
Comme si, à la seconde précise où elle quittait ce monde d’hommes qui l’avait « traquée », elle rejoignait enfin ce paradis perdu qu’elle défendait avec tant de rage. Elle a été inhumée chez elle, dans son jardin, au milieu d’eux. La boucle est bouclée. Elle ne regarde plus le ciel. Elle est devenue la terre qui les porte.
L’évolution d’une icône
Ce document retrace le passage de la star mondiale à la femme de convictions.

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Ce qu’il faut retenir de sa « religion »
Quel était son rituel de départ ?
Elle a refusé les codes du star-system jusqu’au bout. Pas de photos, téléphones rangés sur ordre du prêtre. Un cercueil en rotin et des fleurs des champs (tournesols, mimosa). Le retour à la terre, littéralement.
Qui étaient les gardiens de son temple ?
Sa fondation et ses proches, qui ont « soigneusement sélectionné » les invités. On n’entrait pas dans l’église par curiosité, mais par cooptation. Seuls ceux qui respectaient son combat ou son intimité avaient le droit de cité.
Comment a-t-elle prouvé sa foi ?
Par un sacrifice. Elle n’a pas attendu la fin pour agir. Dès l’âge de 38 ans, elle a « tourné le dos » au cinéma en pleine gloire pour se consacrer uniquement aux animaux . C’est cet acte radical qui définit sa croyance, bien plus que des mots. D’ailleurs, c’est sa Fondation, et non sa famille, qui a eu le dernier mot pour « sélectionner soigneusement » qui avait le droit d’entrer dans l’église .
Pour prolonger la réflexion sur le parcours de celle qui consacra sa seconde vie aux « sans-voix », le site de sa Fondation retrace avec précision les étapes de sa mue spirituelle et militante.




