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L’odeur du soufre et du sang : les 10 remèdes les plus toxiques de l’histoire

Par Philippe Loneux |
Main gantée saisissant une fiole d'élixir sombre dans un laboratoire d'alchimiste ancien, entourée de bouteilles fumantes et d'un crâne, illustrant les dangers de la médecine historique.

Le silence de l’apothicairerie est lourd. Seul le bruit régulier du pilon écrasant une substance noirâtre trouble la quiétude. Une odeur de chair brûlée et de vinaigre aigre sature l’air. Nous sommes au XVIe siècle, et ici, la frontière entre le miracle et le poison est aussi fine qu’un cheveu. Les patients ne cherchaient un véritable choc.

Oubliez l’aspirine et les sirops à la fraise. Voici les mixtures les plus infâmes que l’humanité a avalées pour tenter de tromper la mort.

1. Le sang de gladiateur : la fureur en fiole

À Rome, la fin d’un combat dans l’arène marquait le début d’une seconde lutte. Dès que le corps du vaincu s’effondrait sur le sable chaud, une foule se précipitait. Des épileptiques, hagards, venaient recueillir le sang encore fumant coulant des plaies ouvertes.

La logique romaine était implacable. Ils voyaient dans l’épilepsie une faiblesse de l’âme. Pour la soigner, il fallait ingérer la force brute. Le sang d’un guerrier mort au combat contenait, selon eux, l’essence même de la vitalité. Boire ce liquide ferreux, épais et chaud constituait le remède ultime. Certains allaient plus loin et mangeaient le foie cru directement sur place. La science moderne y voit un cocktail bactériologique mortel. Rome y voyait une transfusion d’héroïsme.

2. Le Radithor : le « soleil » qui brisait les os

Nous sommes en 1920. La radioactivité est à la mode. On la met dans le dentifrice, les crèmes pour le visage et même le chocolat. Mais le Radithor trône au sommet de cette folie. Vendu comme « le soleil en bouteille », ce mélange d’eau distillée et de radium promettait de soigner l’impuissance et la fatigue.

L’industriel et champion de golf Eben Byers en est tombé amoureux. Il en buvait trois flacons par jour. Il se sentait « tonique ». Puis, la réalité physiologique a frappé. Ses os ont commencé à se désagréger de l’intérieur. En 1932, sa mâchoire inférieure s’est littéralement détachée de son crâne. Il est mort peu après, le corps tellement irradié qu’il a fallu l’enterrer dans un cercueil doublé de plomb. Le Radithor illuminait ses os, mais il a éteint sa vie.

3. La Mumia : manger les morts pour vivre

Imaginez un banquet médical où l’on vous sert vos ancêtres en poudre. Du XIIe au XVIIe siècle, les apothicaires européens s’arrachaient la Mumia. Ce remède miracle n’était autre que des momies égyptiennes pillées, broyées et mises en bocal.

On prescrivait cette poudre noire au goût de bitume rance et de poussière pour tout : maux de tête, ulcères, hémorragies. La demande est devenue si forte que les stocks de « vraies » momies ont fondu. Des faussaires ont alors pris le relais. Ils récupéraient les cadavres de criminels exécutés, les faisaient sécher au soleil du désert, et les revendaient comme d’antiques pharaons. L’aristocratie européenne pratiquait le cannibalisme médical sans sourciller.

4. Le sirop d’héroïne Bayer : silence dans la chambre d’enfant

À la fin du XIXe siècle, les parents cherchaient désespérément un remède contre la toux, fléau de l’époque (tuberculose, pneumonie). En 1898, le géant pharmaceutique Bayer lance sa solution miracle. Ils l’appellent « Héroïne », du mot allemand heroisch (héroïque), car elle semblait puissante.

Les publicités montraient des mères souriantes donnant la cuillère à leurs bébés. Le sirop calmait la toux instantanément. C’est normal : il plongeait les enfants dans une torpeur narcotique profonde. Bayer a commercialisé ce produit comme une alternative non-addictive à la morphine pendant plus de dix ans. Des générations d’enfants ont été drogués légalement avant que l’on comprenne que le remède créait une dépendance dévastatrice.

5. Le mercure : une nuit avec Vénus, une vie avec Mercure

La syphilis a ravagé l’Europe de la Renaissance. Face aux chancres et à la douleur, les médecins ont sorti l’artillerie lourde : le mercure. On l’administrait par friction, par inhalation, ou en pilules.

Le traitement transformait le patient en mort-vivant. Le métal lourd provoquait une salivation excessive – les malades bavaient des litres de salive par jour, ce que les médecins interprétaient comme l’évacuation du « poison ». Les dents se déchaussaient, les gencives pourrissaient, les os se fragilisaient. Souvent, le patient mourait d’intoxication au mercure bien avant que la syphilis ne l’emporte. C’était un pacte faustien : échanger une maladie honteuse contre une agonie chimique.

6. La Thériaque : l’antidote aux 64 ingrédients

C’était le remède le plus complexe et le plus cher de l’histoire. Inventée par les médecins de Néron pour contrer les empoisonnements, la Thériaque est devenue la panacée universelle durant 18 siècles. Sa préparation était un spectacle public à Venise et Montpellier pour prouver qu’on ne trichait pas sur la marchandise.

La recette de la thériaque? Un cauchemar logistique! Elle contenait de l’opium (beaucoup), de la chair de vipère séchée, de la poudre de momie, du vin, du miel, et des dizaines d’herbes rares. Il fallait la laisser fermenter pendant des années. Le résultat était une pâte noire, collante et amère. Grâce à l’opium, elle soulageait effectivement la douleur et la diarrhée, donnant l’illusion de la guérison, tout en rendant le patient dépendant à sa dose quotidienne.

7. Le lavement à la fumée de tabac

Londres, XVIIIe siècle. Un homme vient d’être sorti de la Tamise, inanimé. Que font les sauveteurs ? Ils sortent un soufflet et lui injectent de la fumée de tabac dans le rectum.

Les médecins de l’époque pensaient que la chaleur et la stimulation du tabac pouvaient « réveiller » les organes internes endormis. Des kits de réanimation tabagique étaient installés le long des rivières, comme nos défibrillateurs actuels. Si l’idée de réchauffer un noyé a du sens, lui envoyer de la nicotine concentrée par voie rectale provoquait souvent l’arrêt cardiaque définitif que l’on cherchait justement à éviter. La pratique a cessé brutalement quand on a découvert que la nicotine était un poison violent pour le cœur.

8. L’Arsenic : le teint pâle du cercueil

Au XIXe siècle, en Styrie (Autriche actuelle), les paysans mangeaient de l’arsenic. Ils commençaient par de petites doses pour s’immuniser et obtenir un teint « frais » et une meilleure respiration en montagne. La mode a gagné les villes.

Les femmes prenaient des pilules à l’arsenic pour blanchir leur peau et obtenir ce teint de porcelaine aristocratique. L’arsenic détruit les globules rouges, ce qui provoque effectivement une pâleur… anémique. C’est une beauté cadavérique. Le poison s’accumulait dans la thyroïde. À l’arrêt du traitement, le visage se couvrait de pustules horribles, obligeant la victime à reprendre du poison jusqu’à la mort inévitable.

9. Le régime au Ténia : l’invité surprise

L’obsession de la minceur ne date pas d’Instagram. À l’époque victorienne, une solution radicale existait pour manger sans grossir : avaler une pilule contenant un œuf de ténia (ver solitaire).

Une fois éclos dans l’intestin, le parasite grandissait et mangeait une partie de vos repas. La perte de poids était spectaculaire. Les effets secondaires l’étaient aussi : douleurs abdominales, nausées, faiblesse, et la sensation terrifiante de sentir quelque chose bouger en soi. Le vrai problème survenait quand il fallait faire sortir la bête, qui pouvait atteindre plusieurs mètres. Les méthodes d’extraction incluaient d’avaler un cylindre métallique avec un appât, espérant étouffer le ver pour qu’il sorte.

10. Les gouttes de Vin Mariani : le pape dopé

Avant le Coca-Cola, il y avait le Vin Mariani. En 1863, un chimiste corse, Angelo Mariani, a l’idée de faire macérer des feuilles de coca du Pérou dans du vin de Bordeaux. L’éthanol du vin extrayait la cocaïne des feuilles, créant un mélange détonant.

C’était le Red Bull de l’époque, mais en version classe A. Tout le monde en buvait : Thomas Edison, Jules Verne, et même le Pape Léon XIII. Le souverain pontife ne se déplaçait jamais sans sa flasque sous sa soutane. Il a même prêté son visage pour les publicités et donné une médaille d’or au Vatican à l’inventeur. Ce vin tonique donnait une énergie débordante, une loquacité infinie et une euphorie puissante. C’était tout simplement de la cocaïne liquide servie à l’apéritif.

LE CAS D’ÉCOLE : L’AGONIE DU ROI CHARLES II

Si vous doutez encore de la dangerosité de la médecine ancienne, regardez la mort du Roi Charles II d’Angleterre en 1685. Un véritable dossier judiciaire.

Le matin du 2 février, le Roi s’effondre. Quatorze des plus grands médecins du royaume se précipitent. Ils ne vont pas le sauver, ils vont le démanteler!

En quatre jours, ils lui ont fait subir l’intégralité du catalogue des horreurs médicales :

  • Saignées massives : Ils lui ont retiré environ 700 ml de sang (dans un corps déjà affaibli).

  • Brûlures chimiques : On lui a rasé le crâne pour y appliquer des fers rouges et des mouches cantharides (insectes toxiques) pour « tirer les humeurs vers le haut ».

  • Cocktails funèbres : Ils l’ont gavé de bile de bœuf, d’esprits de crâne humain et de pierre de bézoard.

Le Roi, d’une politesse exquise, s’est excusé auprès de ses bourreaux « d’avoir mis un temps si long à mourir ». Une analyse moderne publiée par le Centre for Evidence-Based Medicine de l’Université d’Oxford suggère que le Roi n’est pas mort de sa maladie initiale, mais d’une insuffisance rénale provoquée par ce traitement de choc qui s’apparente à de la torture.

À l’époque, survivre à la maladie était facile. Survivre au médecin était l’exploit!

Ces remèdes nous semblent barbares. Pourtant, nous avalons nous aussi des molécules dont on découvrira peut-être la toxicité dans un siècle. L’histoire de la médecine est une longue suite d’erreurs corrigées par des autopsies…espérons que ce ne soit pas la nôtre.

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Les questions que tout le monde se pose

Est-ce que des gens boivent encore du sang aujourd’hui ?

Oui, mais rarement pour des raisons médicales officielles. Certaines tribus (comme les Maasaï) consomment du sang de bétail pour les nutriments. Dans le monde occidental, cette pratique a disparu avec l’avènement de la microbiologie, remplacée par la transfusion sanguine contrôlée.

Comment savaient-ils si la Thériaque fonctionnait ?

Ils ne le savaient pas. L’effet placebo jouait un rôle massif. De plus, la présence d’opium masquait tous les symptômes. Le patient ne guérissait pas, mais il ne souffrait plus et se sentait « bien ». Pour un médecin de l’an 1600, c’était une victoire suffisante.

Le radium a-t-il totalement disparu des objets du quotidien ?

Presque, mais pas totalement. Les montres anciennes avec des aiguilles luminescentes peintes au radium dans les années 1920-1940 sont encore radioactives aujourd’hui. Si vous en trouvez une dans le grenier de grand-père, ne l’ouvrez surtout pas. Le verre bloque les radiations, mais la poussière à l’intérieur est mortelle si inhalée.

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À propos de l’auteur Chroniqueur spécialisé en histoire des croyances et symbolisme, explore les frontières du visible. Il décrypte aussi bien les traditions religieuses que les phénomènes ésotériques et les grands mystères, en cherchant toujours le sens caché sous le prisme de l’analyse historique.

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