Vous avez peut-être déjà croisé, un jour, des Témoins de Jéhovah dans la rue ou à votre porte. Ils vous parlent de Dieu, ils utilisent la Bible, et ils évoquent souvent Jésus. Cela peut donner l’impression qu’ils partagent la même foi que les chrétiens. Et c’est vrai que, sur certains mots ou certaines expressions, il y a des ressemblances. Mais dès que l’on regarde un peu plus en profondeur, on découvre de très grandes différences. Pas des détails. De vraies différences de fond, qui touchent à l’identité de Dieu, au salut, à la manière de vivre la foi, à la compréhension même de l’Évangile.
Dans cet article, je vais essayer de vous expliquer simplement ces différences. Pas pour juger. Pas pour attaquer. Mais pour vous aider à y voir plus clair. Savoir ce que croient les autres, c’est important. Mais encore plus important : savoir ce que nous croyons, nous, en tant que chrétiens — catholiques, protestants ou orthodoxes — et pourquoi cette foi est unique.
Le mot “chrétien” a un sens bien précis. Il désigne quelqu’un qui croit que Jésus est vrai Dieu et vrai homme, qu’il est le Fils éternel du Père, qu’il est mort et ressuscité pour nous sauver, qu’il nous envoie l’Esprit Saint, et qu’il a fondé une Église vivante, avec des sacrements, une communion des saints, une promesse de vie éternelle.
Les Témoins de Jéhovah, eux, ne reconnaissent pas tout cela. Ils ont une foi sincère, sans doute. Ils sont organisés, actifs, souvent très engagés. Mais leur doctrine, transmise par la Watchtower (leur organisation centrale), s’éloigne sur beaucoup de points essentiels de la foi chrétienne transmise depuis les apôtres.
Certaines différences sont très nettes. D’autres demandent un peu plus d’attention. Mais toutes sont importantes à connaître, surtout si vous cherchez à mieux comprendre votre foi, ou à dialoguer avec respect mais lucidité.
Commençons maintenant par la première grande différence : qui est Jésus-Christ, pour les uns et pour les autres.
1. La personne de Jésus-Christ
C’est sans doute la différence la plus importante. Elle touche directement à ce que nous croyons sur Jésus lui-même. Et quand on y réfléchit, tout part de là. Si nous n’avons pas la même vision de Jésus, alors toute la foi qui repose sur Lui est affectée.
Pour les chrétiens — qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes — Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Ce n’est pas un homme exceptionnel seulement. Ce n’est pas un prophète parmi d’autres. C’est Dieu lui-même qui s’est fait chair. Le Fils éternel du Père, qui existe depuis toujours, engendré et non pas créé, comme nous le disons dans le Credo. Il est de même nature que le Père. Il est Dieu pleinement, et homme pleinement. C’est ce qu’on appelle le mystère de l’Incarnation. Cette foi s’appuie sur l’Évangile selon saint Jean : “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.” (Jean 1,1)
Les Témoins de Jéhovah, eux, ne reconnaissent pas la divinité de Jésus. Pour eux, Jésus est un être spirituel très élevé, créé par Dieu, le premier de ses créés. Ils l’identifient à l’archange Michel. Ils reconnaissent que Jésus a été envoyé par Dieu, qu’il a enseigné et qu’il est mort pour les hommes. Mais pour eux, Jésus n’est pas Dieu. Il est inférieur à Dieu, et surtout, ils rejettent totalement le concept de Trinité.
Ce point change tout. Car si Jésus n’est pas Dieu, alors il n’est pas Sauveur au sens chrétien du terme. Il ne peut pas pardonner les péchés. Il ne peut pas donner la vie éternelle. Il n’est pas l’unique médiateur, Dieu fait homme. Pour les Témoins, Dieu seul — qu’ils appellent Jéhovah — est à adorer. Jésus est un modèle, un chef, un envoyé. Mais il n’est pas à prier, ni à adorer.
Ce rejet de la divinité de Jésus explique aussi pourquoi leur Bible, appelée Traduction du monde nouveau, modifie certains passages pour les faire coller à leur doctrine. Par exemple, Jean 1,1 y est traduit ainsi : “La Parole était un dieu” (avec une minuscule), alors que toutes les traductions chrétiennes affirment clairement que “la Parole était Dieu”.
Comprendre cette différence est fondamental. Pour un chrétien, Jésus n’est pas seulement un guide ou un messager. Il est Dieu avec nous. Et c’est justement parce qu’il est Dieu qu’il peut nous sauver. C’est la base de notre foi, et c’est aussi ce qui fait que les Témoins de Jéhovah, malgré certaines ressemblances extérieures, ne peuvent pas être considérés comme chrétiens au sens traditionnel du mot.
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2. La Trinité
La Trinité est l’un des concepts les plus profonds et essentiels de la foi chrétienne. Elle exprime le mystère de Dieu, qui est à la fois Un et Trois : le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Chacun est pleinement Dieu, mais il n’y a qu’un seul Dieu. Cette doctrine, fondée sur les Évangiles et sur les écrits apostoliques, est au cœur de la prière chrétienne, du Credo, et de la vie chrétienne en général.
Pour les chrétiens
Les catholiques, les protestants et les orthodoxes partagent la même croyance en un Dieu trinitaire. Jésus, Dieu le Fils, est venu nous révéler le Père, et nous a envoyé le Saint-Esprit pour nous guider dans la vérité et nous sanctifier. La Trinité est un mystère d’amour, car Dieu se révèle dans une communion parfaite entre ces trois personnes. Le Père est le Créateur, le Fils est notre Sauveur, et le Saint-Esprit est celui qui transforme nos cœurs et nous unit à Dieu.
Les chrétiens croient que la Trinité ne représente pas une séparation des trois personnes, mais une relation intime et parfaite. Dieu est à la fois Un, dans son essence, et Trois, dans ses personnes. Le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, mais ils ne sont pas trois dieux. Cette vérité n’est pas une contradiction, mais un mystère révélé progressivement dans les Écritures. Le baptême, par exemple, est célébré au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, manifestant l’unité et la distinction de chaque personne de la Trinité.
Pour les Témoins de Jéhovah
Les Témoins de Jéhovah rejettent complètement la doctrine de la Trinité. Selon eux, Dieu, qu’ils appellent Jéhovah, est une personne unique, et Jésus n’est pas Dieu, mais un être créé, comme un Fils de Dieu, mais inférieur à Lui. Ils considèrent le Saint-Esprit non comme une personne, mais comme une force active de Dieu, un outil par lequel Dieu accomplit sa volonté.
Le rejet de la Trinité est donc une différence fondamentale, qui touche à la nature même de Dieu. Pour les Témoins de Jéhovah, il n’y a pas de communion entre trois personnes divines. Il n’y a qu’un seul Dieu, Jéhovah, et Jésus est vu comme un messager, un médiateur, mais pas comme un être égal à Dieu.
La Trinité est essentielle pour comprendre la relation intime de Dieu avec l’humanité. Jésus, en tant que Fils de Dieu, a pris notre humanité pour nous sauver, et c’est par l’action du Saint-Esprit que nous pouvons être unis à Dieu. Si Jésus n’est pas Dieu et si le Saint-Esprit n’est pas une personne divine, alors tout l’édifice de la rédemption chrétienne est mis en question. La Trinité est donc non seulement une question de théologie, mais aussi de salut.
Ce mystère n’est pas là pour nous embrouiller, mais pour nous inviter à découvrir une profondeur infinie dans la relation de Dieu avec nous. Quand Jésus dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20), il parle en tant que Dieu, en communion parfaite avec le Père et l’Esprit, à travers l’unité de la Trinité. Cette promesse serait vide de sens si Jésus n’était pas pleinement Dieu.
La différence sur la Trinité est donc une ligne de démarcation claire entre les chrétiens traditionnels et les Témoins de Jéhovah. Elle montre combien leur vision de Dieu diffère de celle de l’Église chrétienne. Pour les chrétiens, la Trinité est la source de toute vie chrétienne et de tout rapport à Dieu.
3. La Bible et sa traduction
À première vue, on pourrait penser que les Témoins de Jéhovah et les chrétiens ont un point commun très fort : tous lisent la Bible. Ils en parlent souvent, ils la citent, et ils s’y réfèrent pour appuyer leurs enseignements. Mais quand on s’y penche de plus près, on se rend compte que leur rapport à la Bible est très différent, à la fois dans le fond et dans la forme. Et cela a de grandes conséquences sur ce qu’ils croient, sur la manière dont ils comprennent Dieu, Jésus, et le salut.
Pour les chrétiens
Les catholiques, les orthodoxes et les protestants reconnaissent tous la Bible comme Parole de Dieu. Elle est le fondement de la foi chrétienne, transmise par les apôtres et écrite sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Cela dit, leur manière de la lire peut varier légèrement d’une tradition à l’autre.
Les catholiques et les orthodoxes reconnaissent un canon plus large que les protestants : ils incluent les livres dits « deutérocanoniques » (comme le livre de la Sagesse, Judith, Tobie, etc.). Les protestants, eux, s’appuient sur un canon plus restreint, aligné sur l’Ancien Testament hébraïque. Mais tous utilisent des traductions reconnues, appuyées sur les textes originaux en hébreu, en araméen et en grec, et validées par des comités de traducteurs.
Et surtout, les chrétiens ne lisent pas la Bible seuls, isolés. Ils la lisent avec l’Église. La Tradition, les conciles, les Pères de l’Église, les commentaires spirituels font partie de la manière chrétienne d’interpréter l’Écriture. L’Église enseigne que l’Esprit Saint n’inspire pas seulement les textes, mais aussi leur compréhension à travers les siècles. Cela évite les dérives individuelles et les interprétations déconnectées du cœur de la foi.
Pour les Témoins de Jéhovah
Les Témoins de Jéhovah utilisent une traduction spécifique de la Bible, appelée Traduction du monde nouveau. Cette version a été produite par leur propre organisation, la Watchtower, à partir des années 1950. Elle diffère assez nettement des traductions chrétiennes classiques, notamment sur des points cruciaux.
Par exemple, dans Jean 1,1, au lieu de dire « le Verbe était Dieu », leur version affirme « la Parole était un dieu », ce qui permet de soutenir leur idée que Jésus n’est pas Dieu lui-même. Beaucoup de passages ont été traduits de manière à correspondre à leurs doctrines, et non à partir d’une recherche neutre sur les textes anciens. De plus, les noms divins sont modifiés pour insister sur l’utilisation du nom « Jéhovah », même dans des contextes où les manuscrits ne le mentionnent pas explicitement.
En dehors de cette traduction, les Témoins n’acceptent pas les commentaires bibliques extérieurs à leur organisation. Toute interprétation doit venir de la Watchtower, à travers ses publications officielles. Le fidèle n’est pas encouragé à lire la Bible librement ou à croiser les interprétations. Cela limite la liberté de conscience et isole la lecture de l’Écriture de la tradition chrétienne vivante.
La Bible est un trésor, mais elle demande à être lue avec humilité, avec l’Église, et dans la fidélité à ce que les premiers chrétiens ont transmis. Une traduction qui modifie les mots pour faire dire au texte ce que l’on croit déjà n’est plus une traduction : c’est un instrument de contrôle. Les chrétiens croient que la Bible doit être lue dans la lumière du Christ ressuscité, avec la guidance de l’Esprit Saint et la sagesse de ceux qui nous ont précédés dans la foi.
La manière dont les Témoins de Jéhovah utilisent la Bible peut sembler familière, mais elle repose sur des fondations très différentes. Elle les éloigne de la richesse de la tradition chrétienne, et surtout, elle peut empêcher une véritable rencontre avec le Christ dans toute sa divinité.
4. La Croix et la Résurrection
Si vous entrez dans une église catholique, protestante ou orthodoxe, vous verrez probablement une croix. Parfois un simple bois nu, parfois un crucifix avec le Christ représenté. Cette croix n’est pas un objet décoratif. Elle est le cœur de la foi chrétienne. Elle rappelle la mort de Jésus, mais surtout le salut qu’il nous a obtenu par sa passion, sa mort et sa résurrection. Et pourtant, chez les Témoins de Jéhovah, vous ne trouverez jamais de croix. Pas une seule. Non seulement ils ne la vénèrent pas, mais ils la rejettent catégoriquement. Et cette différence est bien plus profonde qu’il n’y paraît.
Pour les chrétiens
Les catholiques, les protestants et les orthodoxes croient que Jésus est mort sur une croix pour sauver l’humanité. Ce n’était pas un accident ou un simple acte de violence : c’était un acte d’amour. Jésus a donné sa vie volontairement pour racheter les péchés du monde. La croix est donc le lieu où Dieu a montré jusqu’où il était prêt à aller pour sauver ses enfants. Elle est à la fois un scandale — parce qu’elle parle de souffrance, de rejet, de mort — et une victoire, parce que par elle, la mort a été vaincue.
La résurrection, qui suit la croix, est inséparable de cet acte. Jésus n’est pas resté au tombeau. Il est vraiment ressuscité, corporellement. Il est vivant pour toujours. C’est la base même de la foi chrétienne. Saint Paul le dit sans détour : “Si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine” (1 Corinthiens 15,17). Toute l’espérance chrétienne s’enracine dans cette résurrection : elle annonce notre propre résurrection et la victoire de la vie sur le péché et la mort.
Les chrétiens vénèrent la croix non pas parce qu’ils aiment la souffrance, mais parce qu’elle est devenue le signe de l’amour le plus fort qui soit. Et ils célèbrent la résurrection non pas comme une légende symbolique, mais comme un événement réel, historique, qui change tout.
Les Témoins de Jéhovah rejettent la croix comme symbole chrétien. Pour eux, Jésus n’est pas mort sur une croix, mais sur un poteau droit (qu’ils appellent “bois de supplice”). Ils affirment que la croix est un symbole païen, introduit plus tard par les chrétiens, et qu’elle ne fait pas partie de la vraie foi. Ils refusent donc totalement tout usage de croix, dans leurs lieux de culte ou dans leur vie personnelle.
Sur le plan doctrinal, ils reconnaissent que Jésus est mort pour les péchés de l’humanité, mais leur compréhension de la résurrection est différente. Pour eux, Jésus n’est pas ressuscité en corps, mais en esprit. Son corps physique aurait été “dissous” par Dieu. Cela va à l’encontre de la foi chrétienne, qui affirme avec force que le tombeau était vide, que Jésus a mangé avec ses disciples après sa résurrection, qu’il a montré ses plaies à Thomas. Ce n’est pas un esprit qui est apparu : c’est le Ressuscité, dans son corps glorifié.
Sans la croix, il n’y a pas de rédemption chrétienne. Sans la résurrection, il n’y a pas d’espérance chrétienne. Ce ne sont pas seulement des éléments du récit : ce sont les piliers de la foi. Et ce qui les rend puissants, ce n’est pas une idée ou un symbole, mais le fait qu’ils ont réellement eu lieu. C’est cela qui fait la force de l’Évangile.
Les Témoins de Jéhovah ont une lecture très différente. En niant la croix comme instrument du salut, en réduisant la résurrection à une sorte de transformation spirituelle, ils passent à côté de la profondeur de ce que Dieu a fait en Jésus-Christ. Et c’est pourquoi, même s’ils utilisent des mots proches, leur foi n’est pas celle que l’Église a transmise depuis les apôtres.
6. Les sacrements
Dans la vie chrétienne, les sacrements ne sont pas des symboles extérieurs ou des rites ajoutés. Ils sont au cœur de la foi. Ce sont des signes visibles d’une grâce invisible, institués par le Christ lui-même pour sanctifier l’homme. Il y en a sept dans l’Église catholique et orthodoxe : le baptême, l’eucharistie, la confirmation, la confession, le mariage, l’ordre, et l’onction des malades. Chez les protestants, seuls le baptême et la Sainte Cène (ou communion) sont conservés, mais ils sont tout autant perçus comme essentiels.
Les sacrements sont reçus dans l’Église, en lien avec la communauté. Ils ne sont pas des gestes individuels, mais des dons de Dieu à travers l’Église. Le baptême fait entrer dans la vie chrétienne. L’eucharistie nourrit l’âme. Le pardon purifie le cœur. Le mariage sanctifie l’amour. À travers chacun, c’est Dieu lui-même qui agit.
Chez les Témoins de Jéhovah, cette dimension sacramentelle n’existe pas. Ils ne reconnaissent que deux gestes : le baptême et une célébration annuelle appelée « le Mémorial ». Le baptême est réservé aux adultes qui ont étudié leur doctrine et accepté de vivre selon leurs règles. Il est pratiqué par immersion. Mais il ne donne pas la grâce, ni ne marque une entrée dans une Église universelle. C’est plutôt un engagement personnel envers leur organisation.
Le Mémorial, qui correspond à la Cène, est célébré une fois par an, le jour de la Pâque juive, mais la plupart des fidèles n’y prennent pas part. Seuls ceux qui se considèrent comme « appelés à vivre au ciel » mangent le pain et boivent le vin. Les autres — l’immense majorité — ne font que regarder, car ils se considèrent destinés à vivre sur une terre restaurée, pas au ciel avec le Christ.
Cette absence de sacrements montre à quel point la vision de Dieu est différente. Chez les chrétiens, Dieu se rend présent dans des gestes concrets, dans notre chair, dans notre quotidien. Il touche l’homme là où il est. Chez les Témoins de Jéhovah, cette médiation sacrée n’existe pas. Tout est réduit à une dimension spirituelle intérieure ou symbolique. On obéit, on étudie, on s’engage, mais on ne reçoit pas Dieu dans son corps et dans son âme de manière sacramentelle.
Cela change profondément la manière de vivre la foi. Car les sacrements ne sont pas des ajouts : ils sont la vie même de l’âme chrétienne. Sans eux, tout devient plus sec, plus mental. Et l’expérience de Dieu perd sa densité, sa proximité, sa tendresse. C’est par les sacrements que Dieu s’unit à nous de manière tangible, et nous fait vraiment participer à sa vie.
7. La Vierge Marie et les saints
Quand vous entrez dans une église catholique ou orthodoxe, vous voyez souvent des statues, des icônes, des bougies allumées devant une image de la Vierge Marie ou d’un saint. Pour un chrétien de tradition protestante, cela peut déjà sembler inhabituel ou exagéré, selon les sensibilités. Mais pour un Témoin de Jéhovah, c’est même impensable. Là encore, ce n’est pas une question de style ou de culture, mais une vraie différence de foi.
Dans la foi catholique et orthodoxe, Marie n’est pas une femme ordinaire. Elle est “pleine de grâce”, comme le dit l’ange à l’Annonciation. Elle a dit “oui” à Dieu de tout son cœur, elle a porté le Christ, elle l’a accompagné jusqu’à la croix, et elle est entrée dans la gloire avec lui. C’est pourquoi les chrétiens l’honorent comme la Mère de Dieu (Théotokos, selon la tradition orientale), non pas comme une déesse, mais comme la première des croyantes, modèle de foi et d’humilité. Ils la prient non pas pour qu’elle agisse à la place de Dieu, mais pour qu’elle intercède, comme une mère prie pour ses enfants. Marie ne prend jamais la place de Jésus. Elle conduit toujours à Lui.
Les saints aussi, dans la foi catholique et orthodoxe, ont une place importante. Ce sont des hommes et des femmes qui ont vécu l’Évangile à fond, parfois jusqu’au martyre, parfois dans le silence du quotidien. On ne les adore pas — ce serait un grave contresens — mais on les prie, on les invoque, on s’inspire de leur exemple. Ils forment ce qu’on appelle la communion des saints : ceux qui vivent déjà auprès de Dieu, et qui prient pour nous.
Chez les protestants, cette pratique a été largement abandonnée. Le respect pour les figures de foi demeure, bien sûr, mais on s’adresse directement à Dieu. Toutefois, la reconnaissance de Marie comme Mère du Sauveur et figure de foi reste présente, même si elle est beaucoup moins mise en avant que dans les autres traditions chrétiennes.
Du côté des Témoins de Jéhovah, c’est radicalement différent. Il n’y a pas de place pour Marie, ni pour les saints. Ils considèrent que toute forme de prière adressée à autre que Dieu est de l’idolâtrie. Ils ne reconnaissent pas Marie comme la Mère de Dieu, ni comme une intercesseure. Ils ne parlent pas de communion des saints. Pour eux, les morts sont endormis en attente de la résurrection, et ne peuvent pas intervenir pour les vivants.
Cela change complètement la manière de vivre la foi. Car pour les chrétiens, la prière à Marie et aux saints n’est pas un détour, mais un chemin. C’est comme demander à un ami très proche de prier pour vous. C’est aussi une manière d’être en communion avec ceux qui sont déjà auprès de Dieu. L’Église ne se limite pas à ceux qui sont encore sur terre : elle est une famille, visible et invisible, unie dans la foi et l’amour du Christ.
Ne pas connaître cette communion, ne pas sentir qu’on est porté par des prières venues d’en haut, c’est perdre une source immense de consolation et de force. C’est se priver d’un lien profond avec ceux qui ont déjà marché avant nous et qui, maintenant, nous aident à marcher à notre tour.
8. La vision de l’au-delà
Parler de la vie après la mort, c’est toucher quelque chose de très intime. Il y a là à la fois de l’espérance, de la crainte, et surtout une vraie question sur le sens de notre existence. Que se passe-t-il après ? Où allons-nous ? Que dit la foi chrétienne ? Et que croient les Témoins de Jéhovah ? Là encore, les différences sont profondes, parfois même opposées.
Dans la foi chrétienne, l’au-delà n’est pas une idée vague ni une simple consolation. C’est une promesse réelle, fondée sur la résurrection du Christ. Jésus est mort et ressuscité, et il a promis à ceux qui croient en lui qu’ils vivraient avec lui pour toujours. Il parle du Ciel comme d’un lieu de communion avec Dieu, d’un Royaume préparé pour nous. Il parle aussi d’un jugement, d’un enfer pour ceux qui refusent l’amour de Dieu, et d’un salut offert à tous, mais que chacun reste libre d’accepter ou non.
Les catholiques croient aussi au purgatoire : un état de purification après la mort, pour ceux qui meurent en amitié avec Dieu mais qui ont encore besoin d’être purifiés de leurs attachements ou de leurs péchés. Ce n’est pas une punition, mais une miséricorde. Les orthodoxes ont une vision un peu différente, plus spirituelle, mais ils partagent l’idée d’un chemin vers la pleine lumière. Les protestants, dans leur grande majorité, rejettent l’idée du purgatoire, mais ils croient au jugement, au salut, et à la vie éternelle pour ceux qui appartiennent au Christ.
Chez les Témoins de Jéhovah, la vision de l’au-delà est très différente. D’abord, ils ne croient pas que l’âme est immortelle. Pour eux, quand une personne meurt, elle cesse totalement d’exister, comme si elle dormait profondément, sans conscience. Il n’y a pas de vie de l’âme sans le corps. Ils croient qu’à la fin des temps, Dieu ressuscitera les justes, non pas pour aller au Ciel (sauf une toute petite élite), mais pour vivre éternellement sur une terre transformée, en paix.
Selon leur doctrine, seuls 144 000 élus — qu’ils appellent « l’espérance céleste » — vivront au ciel avec Dieu. Tous les autres fidèles auront une « espérance terrestre » : ils seront ressuscités pour vivre dans un paradis terrestre, mais pas dans la présence directe de Dieu comme le croient les chrétiens. Les autres, ceux qui auront rejeté Dieu, seront tout simplement anéantis. Pas de souffrance éternelle, pas d’enfer : juste la disparition totale.
Ce que les chrétiens appellent « l’enfer », les Témoins le rejettent. Pour eux, un Dieu d’amour ne peut pas permettre un châtiment éternel. Ils considèrent que cette idée est une déformation païenne introduite dans le christianisme.
Mais dans la foi chrétienne, l’enfer n’est pas une vengeance. Il n’est pas voulu par Dieu. Il est la conséquence libre d’un refus de Dieu. C’est le mystère du respect de notre liberté jusqu’au bout. Et la vie éternelle, dans la foi chrétienne, ce n’est pas seulement une survie ou un bonheur matériel. C’est une communion avec Dieu, une participation à sa vie divine, une joie qui dépasse toute imagination.
La vision chrétienne de l’au-delà est donc profondément relationnelle. Ce n’est pas seulement “vivre pour toujours”. C’est “vivre avec Dieu”. Et cela, c’est ce que le Christ est venu nous offrir. Pas comme une récompense méritée, mais comme un don d’amour, pour ceux qui l’accueillent.
9. La manière de vivre et de pratiquer la foi
La foi, ce n’est pas seulement ce que l’on croit. C’est aussi une manière de vivre, de prier, de se rassembler, de célébrer, de traverser les épreuves. Et à ce niveau-là aussi, les différences entre les chrétiens et les Témoins de Jéhovah sont très marquées.
Chez les catholiques, les orthodoxes et les protestants, la vie chrétienne s’exprime dans une relation personnelle à Dieu, mais aussi communautaire. On prie chez soi, bien sûr. Mais on se retrouve aussi à l’église, pour écouter la Parole, pour louer Dieu, pour communier, pour célébrer les fêtes liturgiques comme Noël, Pâques, la Pentecôte. Ces temps forts rythment l’année chrétienne. Ils ne sont pas juste symboliques : ils rendent présent, dans le temps, l’œuvre de Dieu dans l’histoire.
La messe (ou le culte), les sacrements, les temps de prière, les pèlerinages, la liturgie des heures, les groupes de prière ou d’étude biblique font partie de cette vie spirituelle. Le chrétien est libre dans sa conscience, mais il est aussi invité à participer activement à la vie de l’Église. Le calendrier liturgique l’aide à entrer dans le mystère du Christ jour après jour.
Chez les Témoins de Jéhovah, la pratique religieuse est très différente. Il n’y a pas de célébration de Noël, ni de Pâques, ni d’aucune fête chrétienne. Ils considèrent que ces fêtes ont des origines païennes et qu’elles ont été introduites tardivement dans l’histoire de l’Église. La seule célébration officielle de l’année est celle du « Mémorial de la mort du Christ », une fois par an, au printemps, calquée sur la date de la Pâque juive. C’est un moment solennel, mais la plupart des fidèles ne participent pas à la communion au pain et au vin, comme déjà expliqué.
La vie de foi chez les Témoins est centrée sur l’étude de leurs publications officielles (comme La Tour de Garde), les réunions régulières au « Salle du Royaume », la prédication de porte en porte, et une obéissance stricte aux consignes données par leur organisation. Leur engagement est souvent très intense, très structuré, mais aussi très surveillé. Il n’y a pas de liberté d’interprétation ni de débat doctrinal.
Cela crée un mode de vie très cadré. Certains y trouvent un repère, un cadre moral clair. Mais cela peut aussi devenir très rigide, avec un fort contrôle sur les choix personnels (fêtes de famille, relations, choix médicaux, etc.). À l’inverse, la vie chrétienne, dans sa richesse traditionnelle, offre un équilibre entre la fidélité à l’Évangile et une vraie liberté intérieure. On est appelé à obéir à Dieu, bien sûr. Mais toujours dans l’amour, et non dans la peur. Dans une relation vivante, et non dans une soumission absolue à une organisation humaine.
La foi chrétienne donne un souffle. Elle invite à entrer dans une aventure avec Dieu, dans l’histoire, dans le quotidien, dans la prière, dans les sacrements. Elle n’est pas un ensemble de règles à suivre, mais une rencontre qui transforme toute la vie.
10. L’évangélisation et le rapport aux autres
Quand on pense aux Témoins de Jéhovah, ce qui vient tout de suite à l’esprit, c’est leur démarche d’évangélisation. On les voit souvent aller de maison en maison, deux par deux, parfois avec des brochures, parfois avec leur Bible en main. Ils sont connus pour cela, et il faut reconnaître qu’ils sont très engagés, très organisés. Mais si la mission d’annoncer la foi est aussi présente chez les chrétiens, la manière de le faire, et surtout la manière de voir les autres, est profondément différente.
Dans la foi chrétienne, annoncer l’Évangile fait partie de la mission de chaque baptisé. Jésus a dit à ses disciples : « Allez, de toutes les nations faites des disciples » (Matthieu 28,19). Cette annonce se fait de multiples façons : par la parole, bien sûr, mais aussi par le témoignage de vie, par la charité, par la présence. On n’impose pas la foi. On la propose, avec respect, avec patience, avec l’écoute de l’autre. On répond à ceux qui posent des questions, mais on laisse toujours la liberté. L’Esprit Saint agit dans les cœurs, chacun à son rythme.
Dans l’Église catholique, cette mission est vécue à travers la catéchèse, les mouvements missionnaires, les écoles, les œuvres sociales et caritatives, les moyens de communication… Chez les protestants, le partage biblique, le témoignage personnel et l’annonce directe ont aussi une grande importance. Les orthodoxes, quant à eux, misent davantage sur la fidélité liturgique, la beauté de la tradition, et la transmission communautaire. Mais dans tous les cas, l’évangélisation ne se résume pas à faire des adeptes. Elle est un appel à la rencontre du Christ.
Les Témoins de Jéhovah, de leur côté, ont une vision beaucoup plus centralisée et insistante de la prédication. Leur organisation considère que cette mission est une condition pour plaire à Dieu. Chacun doit consacrer du temps à prêcher, rapporter ses heures, participer à la diffusion des publications. Ils ont un discours très structuré, souvent préparé à l’avance, avec des thèmes précis. Ils ne se présentent pas comme des croyants parmi d’autres, mais comme les seuls à posséder la vérité, et ils invitent les gens à rejoindre leur organisation, qu’ils identifient comme « le peuple de Dieu ».
Le rapport aux autres religions est donc très fermé. Les Témoins considèrent toutes les autres confessions, y compris les Églises chrétiennes, comme faisant partie de « Babylone la Grande », symbole de la fausse religion vouée à la destruction. Cela rend le dialogue difficile, voire impossible. Ils ne participent pas aux rencontres interreligieuses, ne reconnaissent pas les autres baptêmes, et refusent souvent toute prière commune avec des chrétiens.
Les chrétiens, eux, croient que Dieu est à l’œuvre bien au-delà des frontières visibles de l’Église. Ils reconnaissent que toute personne est aimée de Dieu, et que chacun peut être touché par la grâce. Cela ne veut pas dire que toutes les croyances se valent, mais cela invite à l’humilité, au discernement, et à la confiance que Dieu agit même là où nous ne le voyons pas.
L’évangélisation chrétienne est un acte d’amour, pas une conquête. Elle naît d’un cœur transformé par l’Évangile, et qui veut partager ce trésor. Elle respecte la liberté de l’autre, elle s’adapte aux personnes, elle cherche le bien de chacun. Elle ne cherche pas à imposer un système, mais à faire découvrir une rencontre.
Conclusion
Vous l’avez vu tout au long de ces dix points : même si, en apparence, les Témoins de Jéhovah utilisent des mots proches de ceux des chrétiens — comme « Jésus », « Bible », « salut », « royaume de Dieu » — leur compréhension de ces réalités est très différente. Et pas seulement sur des détails. Ce sont des différences de fond, qui touchent au cœur de la foi.
Pour un chrétien — qu’il soit catholique, protestant ou orthodoxe — la foi repose sur la divinité de Jésus, sur la Trinité, sur la résurrection corporelle, sur les sacrements, sur la communion des saints, sur une Église vivante fondée par le Christ, et sur l’espérance d’une vie éternelle en Dieu. C’est une foi enracinée dans l’histoire, transmise depuis les apôtres, nourrie par la Parole de Dieu et éclairée par la tradition.
Chez les Témoins de Jéhovah, on trouve une organisation très structurée, une grande rigueur, un engagement sincère. Mais leur foi ne s’inscrit pas dans la tradition chrétienne. Elle s’est construite à part, avec une lecture propre de la Bible, une autorité centralisée, et une doctrine qui rejette plusieurs fondements essentiels du christianisme.
Alors pourquoi est-ce important de connaître ces différences ? Parce qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes cherchent la vérité, parfois sans repères solides. Parce que certains peuvent être séduits par un discours bien préparé, sans se rendre compte qu’il s’éloigne de la foi chrétienne. Et surtout, parce que, pour vivre pleinement sa foi, il faut savoir ce qu’elle est. Il faut pouvoir la connaître, l’aimer, et la transmettre avec clarté et charité.
Si vous êtes chrétien, cet article n’a pas pour but de vous enfermer dans une position défensive, mais de vous inviter à approfondir votre foi, à vous enraciner plus solidement dans ce trésor reçu depuis les apôtres. Et si vous dialoguez avec des Témoins de Jéhovah, que cela puisse se faire avec respect, mais aussi avec vérité. Car la vérité, quand elle est dite avec amour, peut vraiment toucher les cœurs.
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